Sauter le pas – devenir musulmane #2

Le début du texte se trouve ici

*****

Le nez contre la vitre, Cécile repense à tous ces mini-évènements qui ont jalonné les deux dernières années de sa vie, tous ces moments qui ont ponctué sa découverte d’une culture qui lui était totalement étrangère auparavant. Si on lui avait dit, le jour où elle était entrée dans cette mosquée de quartier, que c’était ce même exemplaire du Coran – qu’elle avait à peine regardé, alors – qui accompagnerait ses premiers pas dans l’Islam, elle aurait trouvé ça très drôle. Elle se serait esclaffée que c’était « du grand n’importe quoi » ! Non merci, aurait-elle dit. Je n’ai pas besoin qu’on me dise comment je dois vivre ! Je me débrouille très bien toute seule !

Cécile sourit en repensant à tout ça. Elle se voit encore, un an auparavant, soutenir à Houda qu’il était impossible d’être sûr de l’existence de Dieu. Que cette vérité-là nous était inaccessible dans notre vie terrestre et qu’on n’en saurait rien tant qu’on serait de ce monde. C’était ce que Cécile pensait, à ce moment-là. Et puis elle avait lu le Coran pour assouvir sa curiosité… Et contre toute attente, son monde s’était éclairé.

En ouvrant le Coran, Cécile ne s’était pas attendue à voir sa vie prendre une nouvelle tournure. Loin de là. Pourtant, au fil des pages, tout avait changé. Elle qui pensait ne jamais pouvoir accéder à la Vérité, avec un grand V, de son vivant, elle s’était rendue compte dès les premières lignes qu’elle s’était trompée et que, loin d’être inaccessibles, les preuves étaient là, partout, sous ses yeux. Il n’y avait qu’à regarder le monde autour de soi pour s’en apercevoir. Il suffisait de voir comment toutes les choses étaient créées, comment tout s’organisait parfaitement. Oui, Dieu existait. Partout. Toujours. Cécile l’avait toujours su. Comment avait-elle pu l’oublier, elle qui lui parlait quand elle était enfant ?

Au fil des pages, le Coran était venu confirmer des choses que Cécile savait au fond d’elle-même depuis toute petite, tout en jetant une lumière nouvelle sur les aspects de sa religion d’origine qui lui posaient problème. Elle y avait retrouvé les récits qu’elle affectionnait dans son enfance, la loyauté et l’intégrité des patriarches, l’idéal de justice et d’équité qui était le sien, la nécessité de la charité et de la sincérité aussi. Et une définition de Dieu qui correspondait vraiment à la façon dont elle se le représentait : omnipotent, omniscient, omniprésent – infiniment juste et miséricordieux.

Pour Cécile, le Nouveau Testament avait toujours été problématique. Si elle avait été sensible aux idées de l’Ancien Testament quand elle allait au catéchisme, si elle avait apprécié les passages de la Genèse ou de l’Exode, en revanche chaque fois qu’elle arrivait aux Évangiles, elle trouvait que quelque chose n’allait pas. Jusque là tout collait, mais au-delà, tout devenait confus. Elle ne s’y retrouvait pas.

En lisant le Coran, elle avait eu l’impression que toutes les pièces s’agençaient pour former enfin un tableau qui lui semblait plus cohérent. Jésus était un prophète, un homme comme un autre. Pieux, certes, privilégié – mais un homme tout de même. Loin de l’iconographie courante, Marie, comme toutes les mères du monde, avait enfanté dans la douleur ; une douleur telle que cette femme, choisie par Dieu entre toutes, avait même souhaité ne jamais avoir existé. Voilà qui devenait tout à coup beaucoup plus réaliste, plus vraisemblable pour Cécile.

Quant à la question récurrente de la souffrance et de l’injustice à travers le monde, elle trouvait aussi sa réponse dans les versets coraniques. L’homme croyait-il qu’il serait récompensé sans avoir eu à subir d’épreuves ? Il s’agissait en réalité de rétribuer chacun selon son mérite. La vie devenait comme un gigantesque examen au terme duquel chacun recevrait le prix de ses efforts. Au fil des pages, tout était devenu simple, clair, limpide.

En refermant le livre, Cécile savait qu’elle allait entrer dans l’Islam. Quand exactement ? Elle n’en savait rien. Il lui faudrait sans doute du temps. Plusieurs mois, ou des années peut-être. Mais elle savait que c’était sur ce chemin-là qu’elle était engagée et que c’était dans ce sens-là qu’elle allait avancer.

Elle avait retrouvé Dieu. Et celui-ci lui indiquait la voie à suivre. Elle n’avait aucun doute là-dessus. Cela la bouleversait et la terrorisait à la fois. Elle se sentait happée par quelque chose de tellement grand, de tellement puissant qu’elle en avait le vertige.

Cécile n’avait parlé à personne du bouleversement qu’elle était en train de vivre. Elle ne voulait pas qu’on la brusque, qu’on la pousse à aller plus vite que ce qu’elle se sentait prête à vivre. Même à Houda, elle ne l’avait pas dit tout de suite. Et puis, elle avait fini par lâcher le morceau un jour où Houda lui vantait une fois de plus les mérites du Coran, comme pour la convaincre. Elle lui avait dit :

Mais pourquoi est-ce que tu continues à me parler comme si je ne l’avais pas lu ? Je l’ai lu, maintenant. Je sais.

Houda était restée interloquée.

Tu sais ? Tu veux dire que tu y crois ?!

Cécile avait acquiescé à cette première question, mais avait pris soin de laisser la suivante sans réponse. Quand ? Quand est-ce qu’elle allait sauter le pas ? Elle n’en savait rien.

Houda avait compris qu’il fallait la laisser avancer à son rythme et ne lui avait plus posé de questions. Elle lui avait laissé l’exemplaire du Coran en disant qu’elle en avait d’autres.

Cécile avait passé trois mois ainsi, entre deux eaux. Plus tout à fait Chrétienne, si tant est qu’elle l’avait été un jour. Pas encore vraiment Musulmane.

Elle croyait en Dieu. Elle croyait que le Coran était la parole de Dieu. Elle éprouvait un besoin brûlant de s’adresser à lui, de se rapprocher de lui. Mais elle ne savait pas encore comment faire. Elle improvisait. Elle détournait les prières apprises par cœur dans l’enfance, en changeant les mots qui ne concordaient pas. « Notre père » devenait « Mon Dieu ».

Lire la suite…

Iqra ! Lis...

Publicités

10 réflexions sur “Sauter le pas – devenir musulmane #2

  1. Je suis heureuse de lire la suitte de cette transformation intérieure Marie. J’aime moi aussi lire des histoires de conversion, elles m’aident à y voir plus clair, à avancer sur mon chemin. Je ne te cache pas que j’ai été tentée de me convertir, après la lecture du Coran. Mais l’Islam est tellement mal vu dans mon entourage que j’ai continué sur la voie qui était la mienne. Je crois que finalement je préfère n’être attachée à aucune religion. Mais je tiens à défendre chacune d’entre elles. Et à chaque fois que j’entends des propos déplacés sur l’Islam, j’essaye de discuter avec les personnes et de leur démontrer ce qu’est vraiment l’Islam en tant que religion (et non en tant que pouvoir politique ou phénomène de mode).

    1. C’est tout à ton honneur, Marie. C’est vrai que l’Islam a mauvaise presse et c’est très dommage que beaucoup de gens soient incapables de voir au-delà des préjugés ce que sont les véritables valeurs de cette religion, qui sont universelles. J’ai essayé de résumer ici ces valeurs dans lesquelles je me suis retrouvée, mais je me demande si j’ai bien réussi à mettre en évidence le fait majeur de ma conversion (le climax, on va dire !), c’est à dire le sentiment en lisant le Coran, de ne pas pouvoir faire machine arrière, d’avoir été mise face à la vérité et au choix suivant : se détourner de Dieu ou avancer vers lui sur le chemin qu’il m’a indiqué. Ce sont des choses assez difficiles à décrire, de l’ordre du ressenti. Cette partie-ci du texte aura peut-être besoin d’un petit remaniement…

      1. Tu l’as bien traduit je trouve Marie. Enfin c’est comme ça que je l’ai ressenti en te lisant. C’est souvent ce que je ressens en écoutant les musulmans autour de moi parler de leur religion. Je crois toutefois que le choix d’une religion ou d’un courant de pensée est une affaire très personnelle. Il est même quelques fois difficile d’en parler ou d’expliquer son choix.
        J’attends la suite avec impatience. Merci.

      2. Je te remercie, Marie. Quand j’ai le nez dans mes phrases, au bout d’un moment j’ai du mal à me rendre compte de ce qui peut s’en dégager. D’où l’importance d’avoir un regard extérieur sur les textes qu’on écrit…
        C’est vrai que le choix d’une religion est très personnel et parfois difficile à expliquer à ceux qui n’aurait pas ressenti la même chose. J’ai essayé, en tout cas. Quant à la suite, je crois qu’il n’y aura pas de grande surprise 🙂

  2. Je ne suis pas croyante, et pourtant cette suite (comme le premier texte) a quelque chose de véritablement beau. De nos jours, l’Islam a pris une tournure totalement négative aux yeux de ceux qui sont hors cette religion. C’est vrai que nous entendons beaucoup de mal de l’Islam à la télévision, et même des musulmans. Mais, comme pour tout, il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac.
    La religion c’est avant tout une recherche sur soi-même, et c’est bien ce que dit ton texte. Je sais que venant d’une athée c’est peut-être mal vue, mais ce texte est beau car il me semble dire la vérité.

    1. Ton commentaire me touche beaucoup et je ne le trouve pas du tout bizarre venant d’une athée ! Je pense qu’on peut être sensible à ce que ressentent les autres sans pour autant adhérer à leurs idées – ça m’arrive tout le temps, perso ! En tout cas, qu’on soit d’accord ou pas avec mes convictions, je les exposées ici en toute sincérité.
      Merci de ton passage ici.

  3. Cet article est très intéressant car tu expliques ce qui t’a touché dans l’Islam.
    Surtout ce passage là « Quant à la question récurrente de la souffrance et de l’injustice à travers le monde, elle trouvait aussi sa réponse dans les versets coraniques. L’homme croyait-il qu’il serait récompensé sans avoir eu à subir d’épreuves ? Il s’agissait tout simplement de rétribuer chacun selon son mérite. La vie devenait comme un gigantesque examen au terme duquel chacun recevrait le prix de ses efforts. Au fil des pages, tout était devenu simple, clair, limpide. »
    Ce passage m’a éclairé beaucoup de choses. C’est un évènement qui perturbe beaucoup de voir un enfant de 7 ans tomber gravement malade (mon frère), et c’est vrai que depuis j’ai du mal à me positionner par rapport à Dieu. Enfin pour moi, je ne peux pas croire ni louer un Dieu qui a rendu mon frère malade. Et je sais que les musulmans croient que Dieu est la cause de toute chose. Mais même si c’est un examen, même si c’est un moyen de nous faire subir des épreuves pour avoir la récompense après, c’est tout simplement inconcevable pour moi. C’est pour ça que je ne serai jamais musulmane.
    Après je sais que mes croyances sont un peu bancales, dans le sens certaines choses ne coïncident pas forcément, et que je prends beaucoup de liberté par rapport à ce que dit le christianisme, et que comme Marie, je n’appartiens pas totalement à une religion. Il y a aussi des choses qui me dérangent dans le christianisme, mais je passe outre. Je reste attachée à cette religion, par habitude, par tradition, mais je ne me reconnais pas totalement dans celle-ci. Et je ne ressens pas le besoin d’aller explorer une autre religion ailleurs.
    Et contrairement à toi, c’est dans l’Ancien Testament que je ne me reconnais pas. Le Nouveau Testament me parle beaucoup plus, enfin je le vois plus comme une leçon de vie pour nous apprendre à vivre mieux en paix avec les autres et avec nous même. Un moyen de nous guider pour avoir une vie meilleure.
    Comme quoi, on a tous des sensibilités différentes. Ce passage était très intéressant, merci de nous l’avoir livré 🙂

    1. Je suis très touchée par ton commentaire. Je comprends bien que la maladie de ton petit frère a dû être une terrible épreuve pour ta famille et qu’il y a de quoi être ébranlé dans sa foi. En même temps, c’est dans ces moments difficiles que l’attachement religieux, quel qu’il soit, prend tout son sens en apportant des réponses et un réconfort. On entend souvent dire « si Dieu existe, pourquoi est-ce qu’il permet de telles choses », mais du point de vue de l’Islam, Dieu nous met à l’épreuve dans une vie qui n’est qu’un passage vers quelque chose de beaucoup mieux. Cette certitude est le cœur de notre foi. Parfois, on a du mal à comprendre pourquoi Dieu nous inflige certaines épreuves, mais on se dit qu’il sait ce que nous ne savons pas et on s’efforce de garder confiance.
      Sinon, c’est vrai que chacun a sa propre sensibilité et que chacun avance sur son propre chemin. Pour avoir « cheminé » moi-même, et cherché des réponses, j’ai beaucoup de sympathie pour ceux qui cheminent à leur tour, même s’ils empruntent un autre chemin que celui que j’ai choisi.
      Merci beaucoup pour l’échange 🙂

      1. Merci pour ta réponse 🙂 Mais sinon oui je sais que Dieu est toujours là, et comme tu dis, c’est dans des épreuves comme ça que l’attachement religieux prend tout son sens, car si on arrive à rester proche de Dieu et à ne pas lui en vouloir, Il reste un soutien pour nous, un réconfort, quelqu’un sur qui on peut toujours compter. Enfin ça c’est des réponses que j’ai eu bien après, car je me suis éloignée de Dieu justement. Et c’est cet ami musulman qui m’a reconduit sur le chemin de la foi d’ailleurs, comme quoi… (j’avais oublié cette chose positive que je lui dois d’ailleurs, je voyais surtout le négatif qu’il m’avait laissé, et ça m’a fait du bien de m’en rappeler)
        Tiens ça me fait du bien d’en parler, merci Marie 🙂

      2. Je comprends maintenant ton intérêt pour la quatrième citation de « mange, prie, aime » : renoncer à la sensation qu’on a d’être séparé de Dieu. Parfois, on le croit très éloigné et on oublie qu’il est tout près, qu’il sait parfaitement ce qu’on ressent et ce qu’on pense.
        Quant à l’appui de ton ami musulman, franchement, si j’ai pu t’aider à te souvenir de ce qu’une personne t’a apporté de positif, ça me plaît. C’est bien dans mon ordre d’idée 🙂

Petits mots et longs discours, c'est par ici...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s