Le choix du bonheur

Si vous me suivez depuis un moment, vous reconnaîtrez peut-être la première partie de ce texte que j’avais déjà publiée ailleurs, sous le titre « J’ai décidé qu’il ferait soleil ». Il y a parfois des mots qui me tiennent à cœur et dont j’ai du mal à me départir 🙂

*****

Vous connaissez peut-être dans votre entourage des personnes qui ressemblent à ces deux personnages :

Lui, d’abord, les dents serrées, les yeux embués d’un alcool qu’il croit invisible, le regard perçant tel un rayon X qui ne verrait que ce qui ne va pas, que ce qui sort du cadre rigide dans lequel il s’est enfermé ; il rumine des paroles acérées qu’il décoche à tout va comme autant de flèches, contre le chien qui aboie, contre le barbecue du voisin, contre le repas qui n’est jamais prêt à l’heure, contre ces fichus journalistes et ces c… de politiciens, contre le ciel, le monde, l’univers entier.
Tous ! Ils sont tous contre lui !

Il est tellement rempli de haine qu’il ne peut la contenir ; elle coule de ses lèvres. Il la distille autour de lui en gouttes toxiques, brûlant à l’acide les bonnes intentions, les gestes, le cœur, la vie de ceux qui restent, malgré tout, à ses côtés, luttant âprement pour ne pas se laisser engloutir dans toute cette morosité.

Mais lui, emprisonné dans son carcan de noirceur, ne voit pas que leur présence est un bien précieux. Pas plus qu’il ne voit le soleil qui brille pourtant, pour lui aussi, autant que pour les autres.

C’est qu’il a raté sa vie, voyez-vous. Du moins le croit-il dur comme fer. Il n’a pas fait les études qu’il voulait ; il n’a pas fait le travail qu’il voulait ; il ne vit pas là où il voulait… Et tout occupé qu’il est à ressasser inlassablement ce qu’il n’a pas, il en a oublié de voir ce qu’il avait – ou plutôt, ceux qu’il avait.

*****

Elle, ensuite, les traits tirés par des nuits sans sommeil, la tête remplie de rêves inaccomplis ; elle traîne sa tristesse dans ce monde amer où rien ne se passe comme dans les contes de fée. Elle compte les années perdues à attendre un prince charmant qui n’est jamais venu. Elle compte le temps écoulé à regarder les autres naviguer, tandis qu’elle restait seule sur la berge.

Elle a raté ce bonheur là, alors elle croit qu’elle a tout raté. Elle croit qu’elle n’a plus rien à donner ni à recevoir ; que seules les histoires qu’elle vit dans sa tête valent la peine d’être vécues.

Les autres, autour ? Ils ont tout ce qu’elle n’a pas. Ils ont tout et ne la voient pas. Elle leur en veut malgré elle. Elle leur en veut d’être deux, alors qu’elle est seule. Et sans le vouloir, sans le voir, elle fait le vide autour. Tantôt ils fuient la colère qui sourd dans ses mots ; tantôt, la peine trop lourde qu’elle s’obstine à cultiver, et qu’ils désespèrent d’alléger.

De guerre lasse, ils s’en retournent à leurs banales occupations, tandis qu’elle, noyée dans un océan d’envie, s’en va trouver refuge dans un autre univers où elle joue qu’elle est la reine…

*****

C’est triste.

C’est triste et ça fait réfléchir.

Je me dis que je ne voudrais certainement pas être comme ces deux personnages ; que je ne voudrais jamais oublier de voir le beau côté de la vie ; que je voudrais continuer à m’émerveiller de toutes les chances qui me sont données, même si elles ne correspondent pas à ce que j’avais prévu au départ.  Que je ne veux surtout pas oublier de donner autour de moi… Un mot gentil, un regard bienveillant, une oreille attentive…

Un sourire.

Autant de choses qui ne coûtent pas cher et qui pourtant, illuminent la vie.

Le choix du bonheur

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10 réflexions sur “Le choix du bonheur

  1. J’aime beaucoup ton texte, Marie ! Il est vrai que nombreuses sont les personnes qui ne sont jamais satisfaites de leur vie et qui deviennent amères, envieuses ou haineuses. Quel dommage et quel gâchis !!! Il y a tellement de petites choses au quotidien qui peuvent rendre heureux et soulager la peine… Pourquoi n’ouvrent-ils pas les yeux avant qu’il ne soit trop tard ?… Passes une belle journée. Bises

    1. C’est aussi la question que je me pose, Karine. Pourquoi ces personnes sont-elles incapables de voir les choses positives qu’elles ont, malgré tout ? Je trouve ça tellement triste.

  2. J’en connais des pêrsonnes comme ces deux êtres là Marie. Nous en connaissons tous malheureusement.
    Et leurs vies ne me font pas envie. Je crois qu’il faut continuer à s’émerveiller de la moindre petite douceur, du rayon de soleil qui traverse les nuages. Quand on ouvre nos yeux au monde, on découvre toujours de belles choses. Quand on ouvre notre coeur aux autres, on se donne le droit au bonheur.
    Merci pour ce joli rappel.

    1. Merci Marie. C’est ce que je veux continuer à croire aussi. Continuer à m’émerveiller, à ouvrir les yeux sur la beauté du monde, à faire le choix de les fermer sur ce qui est moins beau, tout en sachant que ça existe – tout en souffrant, même, de savoir que ça existe. Mais choisir malgré tout un angle positif.
      Au fond, c’est utile de côtoyer de tels personnages : grâce à leur exemple, j’ai déclaré la guerre à la morosité !

  3. Ton texte résume tellement ma façon de voir la vie ! Le bonheur est un choix. Et quand on commence à relever tous ces petits riens qui font que la vie est, somme toute, plutôt jolie, on en vient à ne pas comprendre comment autant de personnes n’y arrivent pas. Peut-être est-ce une question de volonté… ou peut-être tous ces gens sont tout simplement las de chercher le bonheur là où ils ne sont jamais arrivé à le voir. Parce que non, ce n’est pas facile d’être heureux quand ta vie est sens dessus dessous. Ça demande énormément d’efforts et une volonté de fer.

    1. Tout à fait d’accord. C’est parfois beaucoup plus facile à dire qu’à faire et je pense que malheureusement, nous ne sommes pas égaux à ce niveau.
      Merci de ton passage ici 🙂

  4. C’est triste oui… Ces personnes qui s’enferment dans toutes ces pensées négatives et qui ruinent leur vie elles-mêmes…
    Joli texte pour un rappel important, merci Marie!

Petits mots et longs discours, c'est par ici...

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