Comme l’oiseau, mon fils

Il était là, avec nous, pendant toute une semaine.

Il était là, hier encore petit poussin au creux de mon nid, aujourd’hui simple visiteur de passage.

Deux mois seulement s’étaient écoulés depuis son départ. Deux petits mois. Pas de quoi susciter un changement radical. Ses cheveux ont poussé. Sa barbe naissante semble plus drue. Il porte des vêtements que pour la première fois, je ne lui ai pas achetés. Des vêtements que je n’ai jamais lavés, jamais repassés…

Dans ses bagages, la clé d’un appartement où je n’ai jamais mis les pieds, une carte d’abonnement pour les transports d’une ville froide et lointaine, une enveloppe à l’en-tête de l’université… Les traces d’une vie qui commence, loin de moi. Les traces d’une vie qu’il avait hâte de retrouver. Mais je ne m’en offusque pas, bien au contraire : je suis heureuse de le savoir heureux.

En l’accompagnant à la gare, je me suis montrée enjouée. Mes larmes, sur le quai, il ne les a pas vues. Et c’est tant mieux. Comme lorsqu’il était petit et qu’il partait en voyage scolaire, quand je l’encourageais à monter dans le car et que je lui faisais de grands signes de la main jusqu’à ce qu’il disparaisse à l’angle de la rue – avant de rentrer chez moi en sanglotant tout le long du chemin…

C’est là tout le paradoxe de la maternité : on pousse nos oisillons hors du nid alors même qu’on voudrait les garder près de nous, pour nous, à nous ; on les encourage à prendre leur envol…

Va, mon fils… Vole haut ! Ton bonheur suffit au mien.

Vole haut !

Publicités

16 réflexions sur “Comme l’oiseau, mon fils

  1. Je suis heureuse que tu ai pu profiter de lui quelques jours, toujours trop court. Le paradoxe de la maternité, je le découvre jour après jour. J’aime ces lignes de Khalil Gibran  » vos enfants ne sont pas vos enfants, Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même… »
    On voudrait les garder près de nous et en même temps nous savons que leur vie n’est pas toujours à nos côtés mais qu’il est bon qu’ils nous quittent pour vivre cette vie qui est la leur.

    1. Oui Marie, je découvre ce sentiment étrange qui mêle la tristesse de le voir partir à la joie de le voir commencer à voler de ses propres ailes. Sa vie ne m’appartient pas, en effet. Par amour, je dois le pousser à s’éloigner.

    1. Un moment important pour une mère. Mais au fond c’est le début d’une autre tranche de vie qui nous réserve peut-être de belles surprises…
      Belle soirée également 🙂

  2. je m’approche chaque jour de cette prochaine séparation, il a 14 ans et malgré tout les moments ensemble, je sais que bientôt il s’envolera, on a beau essayer de se préparer, le jour venu, c’est certainement un des plus dur moment pour nous, mais leur Vie en vaut la peine 🙂

    1. 14 ans, tu as encore du temps pour t’habituer à cette idée… J’ai envie de te dire que la crise d’adolescence se chargera de rendre la séparation supportable. Il arrive un âge où on aspire à les voir mûrir, où on ne redoute plus cette étape.
      Merci de ton passage par chez moi 🙂

  3. Joli article! C’est vrai que ça doit faire bizarre de voir partir ses enfants… Même pour moi, ça fait bizarre de n’être plus que « de passage » chez ma mère, les choses changent…

  4. Je croirais lire ma belle-maman… il y a 12 ans son petit partait pour ne revenir que 4 ans plus tard, cela étant impossible avant… Partir, être ici et là bas, c’est si difficile… et c’est aussi grandir un peu plus vite dans la vie.

      1. 🙂 et parfois même qu’au téléphone on se dit des choses qu’on n’oserait se dire en face… mais parfois aussi on minimise les jours difficiles pour ne pas faire souffrir ceux qu’on aime. Ravie de découvrit ton blog !

Petits mots et longs discours, c'est par ici...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s