Gratitude – un peu de mon histoire

Aujourd’hui, mes chères amies lectrices, j’aimerais vous adresser un billet un peu particulier. Mais laissez-moi tout d’abord vous raconter un peu de mon histoire…

Il y a plusieurs années de cela, je coulais des jours heureux dans mon pays natal, là-bas, entre la Mer du Nord et les Ardennes. Je menais une vie stable et dénuée de tout souci, que j’ai fait voler en éclats, un jour, volontairement – et même avec enthousiasme.

L’idée avait germé d’une vague envie ; un besoin de mettre un peu de piment dans notre quotidien, de prendre notre vie en main plutôt que de la subir. Mais aussi un espoir de vivre en étant pleinement nous-mêmes, sans avoir toujours à justifier notre ‘différence’ aux yeux de cette Europe si frileuse.

Partir. Tout recommencer ailleurs. Le faire tant que c’était encore possible. Le faire pour ne pas avoir à regretter, plus tard, de ne pas en avoir eu le courage.

Nourrie de « et si… » et de « pourquoi pas ? », la petite idée a grandi pour devenir bientôt un projet. Qui s’est mué à son tour en action. Et nous voilà partis pour le Maroc !

Tout aurait pu – aurait dû – très bien se passer. Il aurait suffit pour cela que j’aie la possibilité de poser mes éclats de vie et mes bagages quelque part, et que je puisse reconstruire rapidement quelque chose de stable. Sauf que…

Sauf que rien ne s’est passé comme prévu. Sauf que je suis restée plantée là, avec mes débris sur les bras, sans savoir où les poser et encore moins comment les recoller.

Exilée. Étrangère. Différente, dans un lieu où je ne trouvais pas ma place, où je n’avais même pas une étagère où ranger ma nouvelle vie, ni même une clé pour la préserver ; tout m’apparaissait gris et sale. Et froid. Si froid.

Les difficultés, innombrables, se sont mises à pleuvoir. C’était sans fin, sans issue.

J’étais honteuse. Honteuse de ne pas supporter mes conditions de vie. Honteuse de croire que je méritais mieux quand les autres s’en contentaient sans se plaindre. Honteuse – à quel point – d’imposer ça à mes enfants. Honteuse de ne pas avoir réagi tant qu’il en était encore temps, de ne pas avoir énoncé un STOP clair et net quand j’ai vu que ça partait en vrille. Tellement honteuse. Et en colère. Tout le temps… Je ne me supportais plus moi-même. Je voulais disparaître à la vue. Devenir invisible. Ne plus avoir à exposer aux regards mes yeux lessivés.

J’ai sombré.

Contre toute attente, en dépit de ma personnalité d’ordinaire optimiste et conciliante, j’ai sombré dans un abîme de souffrance et de noirceur. Quelque chose d’infiniment douloureux que je ne souhaite vraiment à personne tellement ça fait mal. Mal dans le corps tout autant que dans l’esprit. J’appelais à l’aide mais personne ne voyait que j’étais en train de me noyer. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. J’étais totalement perdue. Cassée. Brisée. Anéantie. En mille petits morceaux. Je ne savais plus du tout où j’en étais. Je ne savais plus du tout qui j’étais, ce que je faisais là et où j’allais. Devant moi, le noir complet. Les ténèbres. Et cette boule qui vous écrase la gorge et ne vous laisse aucun répit.

J’en tremble encore en écrivant ces lignes difficiles. Même des années après, alors que tout cela est derrière moi et que j’ai finit par retrouver un équilibre, ces souvenirs restent extrêmement pénibles.

Mais à quelque chose malheur est bon, comme on dit ! Et c’est là que je voulais en venir. Parce qu’après la chute est venu le temps de la reconstruction. Matérielle, d’abord. Puis psychologique, plus lente, plus longue.

Il faut avoir connu la pluie pour apprécier le soleil à son juste éclat. Cette épreuve m’a sans aucun doute obligée à évoluer. Avec elle, j’ai compris que même les pires moments pouvaient être embellis, remplis de jolies choses pour qu’ils ne soient pas totalement perdus. Elle m’a amenée à accorder de l’importance à tout ce qui pouvait m’apporter ne fut-ce qu’une once de bonheur. À savourer la moindre petite chose, si infime soit-elle, et surtout à m’efforcer d’exclure définitivement de ma vie celui qui est devenu mon pire ennemi… le stress ! Celui-là, je ne veux plus qu’il passe par moi. Je ne veux plus lui laisser la moindre place dans ma vie. Dès qu’il s’annonce, je stoppe tout de suite. J’invite tout le monde à respirer un bon coup et à reprendre plus calmement 🙂

Pas question de replonger ! Pas question de subir quoi que ce soit qui ne me conviendrait pas. Je suis devenue totalement intolérante à la contrainte ! J’ai appris à m’écouter et à ne plus lutter contre mes envies ou mes besoins. J’ai appris à faire taire cette petite voix culpabilisante ; vous savez, cette voix qui caquète sans cesse à votre oreille pour vous dire « c’est maaal » ! J’ai accepté l’idée que je n’étais pas aussi forte que je le croyais. J’ai accepté la fatigue et le corps qui s’essouffle. J’ai accepté la solitude qui est devenue la mienne. À vrai dire, j’ai appris à l’aimer. Je la considère comme une nécessité momentanée que j’accepte et dans laquelle je me ressource. Comme une chance de me recentrer sur moi-même pour, peut-être, réussir à en faire sortir quelque chose.

J’ai aussi appris à soigner mes relations avec mes proches, à faire abstraction de ce qui n’en valait pas la peine pour me concentrer sur l’essentiel. À dire les choses posément, à ne pas brasser du vent inutilement mais au contraire, à avoir de vrais dialogues constructifs – de ceux qui nous font sentir qu’on compte les uns pour les autres, qu’on peut ressentir les choses différemment, avoir des points de vue divergents, mais qu’on ne s’en aime pas moins et que c’est ça qui est important.

Ce que je veux maintenant, c’est de la sérénité, de la douceur, des couleurs pour voir la vie du beau côté.

C’est de ce désir-là qu’est né ce blog. De cette urgence à « générer du positif » que l’on connaît quand on a fait l’expérience de la dépression.

Peindre des tableaux avec mes mots. Partager de belles images. Faire surgir la beauté de la banalité. Je crois que c’était un besoin vital.

Mon petit blog a grandi. Je me suis laissée aller à suivre ma plume. Je me suis étonnée des choses surprenantes qui pouvaient en sortir. Je me suis affligée parfois de certains de mes mots que je trouvais mielleux. Mais j’ai fini par les accepter, eux aussi, me disant que c’était là ce dont j’avais besoin à ce moment-là, ce qui me faisait du bien, que ça plaise ou pas. Après tout, le miel est un excellent cicatrisant et j’ai encore des blessures à soigner.

Et puis, vous êtes venues vous balader entre mes pages. Vous m’avez laissé des petits mots ici et là. Toujours bienveillants. Toujours encourageants. Vous m’avez offert ce regard extérieur essentiel pour progresser. Grâce à vous, j’ai appris à mieux me connaître, à mieux cerner ce qui me tenait à cœur. Certaines choses sont devenues plus claires. Un projet a commencé à se dessiner qui me porte vers un avenir plein de promesses.

Je suis allée vous lire et j’ai trouvé dans vos mots une source d’inspiration, une motivation pour continuer, des idées nouvelles et du baume pour mon cœur.

Vous toutes qui prenez la peine de laisser ici votre empreinte, qui me faites signe chaque fois que vous passez, qui êtes toujours prêtes à me réconforter et à me pousser de l’avant, vous êtes entrées dans ma vie et en faites désormais partie.

Pas à pas, j’avance dans des paysages de plus en plus ensoleillés et sereins, et votre soutien m’est précieux sur ce chemin.

Pour cela, aujourd’hui, je voulais vous dire MERCI.

Gratitude

(Photo prise à Tanger, Porte de la Qasbah)

Publicités

15 réflexions sur “Gratitude – un peu de mon histoire

  1. J’en reste toute éblouie et émue Marie. Merci pour ces mots que tu as posé là, pour nous. Merci pour le partage de cette douleur, que je connais, et qui nous aide un jour à grandir, à faire des rêves et à vouloir les réaliser. Merci pour ton amitié, ton humilité, ton témoignage.
    Quand on a touché le fond, on ne peut que refaire surface, mais en se délestant de tout ce qui nous tire vers le bas. Ton chemin est lumineux je trouve, malgré le noir qui t’a tenu lieu de meilleur ami pendant longtemps.
    Tu es en vie et pleine de vie. Et saches toi aussi que tes mots m’ont été d’un soutien immense, quand ma vie a pris l’eau de toute part et que la mort semblait la seule évidence pour mettre fin à mon cavaire.
    Alors moi aussi je te dis MERCI, du fond du coeur. Et je te souhaite de réaliser ce projet qui te tiens à coeur.

    1. Je suis heureuse d’avoir pu t’aider pendant ces jours difficiles que tu as traversés. Au fond, c’est aussi un moyen de faire sortir quelque chose de positif de toute cette souffrance. Qui mieux que ceux qui sont passés par là peut comprendre de quoi il s’agit. Cette expérience a servi à quelque chose et c’est tant mieux.
      Très beau week-end irlandais, Marie.

  2. quel billet, qui ne m’a pas laissée indifférente tant je me suis reconnue dans certains de tes mots, dans cette description de l’abîme de cette descente dans l’enfer et dans ces appels au secours que personne n’entends jusqu’au jour ou la culpabilité n’a plus cours, ou l’on se rebiffe, se relève donne un grand coup de pied dans ce désespoir et que l’on lutte pour la survie, pour moi cela a été la prise de conscience que si je restais je finirais au cimetière… J’aime tes mots sur la reconstruction et la découverte de l’estime de soi retrouvée, les épreuves nous rendent plus forts (es) et l’on sait enfin ce que l’on veut et s’ouvrir aux autres et quand tu dis: « Peindre des tableaux avec mes mots. Partager de belles images. Faire surgir la beauté de la banalité. » c’est ce que tu fais avec ton blog que j’aime beaucoup.
    Alors Marie merci à toi de nous offrir ce plaisir, bonne journée, plein de bises

    1. Merci Catherine pour ce beau commentaire. Dans mon cas, c’était surtout le logement qui posait problème. Il a fallu attendre que ce point-là soit réglé pour pouvoir entamer ma reconstruction. Ça a pris du temps, mais au final, j’ai beaucoup appris. Je sais maintenant ce que je veux et surtout, surtout ce que je ne veux plus.
      Je te souhaite un excellent week-end, dans une ambiance apaisée (et que ta voisine voyage loin, très loin !). Bises lointaines.

  3. Marie, ton texte m’a complètement retourné… Je te remercie d’avoir eu le courage d’écrire ces mots, peut-être même en pleurant, car ils donnent une magnifique leçon de vie ! C’est tragique mais tellement beau à la fois, car tu es là, sereine et remplie de force et d’énergie pour continuer sur ce sinueux chemin de la vie, et tout ça malgré bien des souffrances… Merci de nous faire confiance et merci d’être telle que tu es, humble, vraie et sensible. Bises et belle soirée.

  4. BarakAllahou fik pour le partage de cette douloureuse épreuve, qu’Il t’accorde une vie sereine et accomplie, et le meilleur dans l’au-delà.
    Ton blog nous apporte aussi beaucoup, douceur, beauté, sagesse, sérénité, poésie, sincérité.
    Les mots de ton témoignage sont si forts et humbles, la leçon si necessaire, que ne serait-ce que pour cette page, je te remercie et je Le remercie d’avoir permis notre rencontre.
    Ta soeur fiLlah.

    1. Merci Dija. Ton commentaire me touche beaucoup. Tu sais, il y a eu des moments où j’ai cru qu’Il s’était détourné de moi parce que j’avais failli à mon épreuve, parce que j’avais été orgueilleuse et exigeante. Je crois qu’il n’y a pas de pire sentiment pour une croyante que de se dire qu’on Lui a déplu et qu’on ne mérite pas Son regard. Mais lhamdoulillah, j’ai pu avancer depuis et je commence à entrevoir que cette épreuve devait me rendre meilleure. Il m’a comblée de Ses bienfaits, j’en suis consciente, et aujourd’hui je me sens formidablement bien.
      Merci encore. Passe un doux week-end avec ta famille.

  5. Merci à toi pour ce bel article, de partager ces moments douloureux de ta vie et ton chemin. On est contente que ton blog t’apporte quelque chose et merci pour cette leçon de vie! Bises

  6. Bonjour Marie!

    le hasard a mis ton blog ci-dessus sur ma route et je suis contente de te lire et de voir qu’il date d’il y a deux jours à peine. Ça m’aide à comprendre ton parcours et à voir une fois de plus combien on est tellement sur la même longueur d’onde!!!! Ne lâche surtout pas, et oui comme je le dis souvent moi aussi, transformons le négatif en positif, ça aide tellement à cheminer 🙂 Très belles tes photos et tu écris si bien, les mots coulent tout seuls quand on te lit, félicitation pour ton blog!

    etsijemensortais

    1. Merci Mélanie. Ça me fait très plaisir d’avoir ton commentaire justement sur cet article-ci qui aborde un sujet que tu connais bien. Tu comprends maintenant pourquoi je suis sensible à ta démarche sur ton blog. Générer du positif, c’est ce que nous nous efforçons de faire toutes les deux.
      Félicitation pour la sortie de ton livre.
      À bientôt.

  7. J’ai appris il y a quelques semaines, que ma meilleure amie, musulmane convertie, s’envolerait bientôt pour le Maroc, avec sa petite famille. A cette annonce, j’ai pleuré. J’avais mal. Qu’elle s’en aille alors que de toute façon, on ne se voit quasiment plus .. Et puis j’ai compris qu’elle construisait son bonheur, alors j’apprends à me réjouir pour elle. Mais là n’est pas le sujet.

    C’est très beau que de cette difficile étape de ta vie ressorte des choses aussi positives. Je te souhaite que ça continue, que ça recommence. Ces mots auront un échos pour de nombreuses autres personnes. Et c’est agréable d’apprendre à te connaître davantage, même si je lis ces lignes plus de deux ans plus tard !

    Il y a de la merveille dans chaque détail. Il faut juste ouvrir les yeux. Parfois, on n’y arrive plus. On est submergé par quelque chose de sombre et d’épais, qu’on ne contrôle pas. Indépendant de notre volonté. Et sans en prendre garde, on se fait manger.

    Mais les cordes sont là, lancées de l’extérieur, par un sourire, un proche, le soleil et la lune. Un jour, on arrive à en saisir une, puis une autre. Et doucement, on remonte du gouffre.

Petits mots et longs discours, c'est par ici...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s