Mon stylo, mon droit !

J’étais là, assise, assommée, abasourdie. Mon portable dans une main, la télécommande dans l’autre, passant d’un site à l’autre, d’une chaîne à l’autre, la gorge nouée, les yeux brouillés, essayant de comprendre cette bouffée d’émotion qui m’étreignait la poitrine.

Pourquoi étais-je si bouleversée ? Je ne connaissais pas ces gens. Et il y a fort à parier que bon nombre des dessins qu’on leur reproche me heurteraient si je les voyais. Je n’en sais rien. Je ne les ai jamais vus et n’ai jamais cherché à les voir, préférant rester loin d’une polémique qui me semble stérile. Mais peu importe. L’heure n’est pas à la controverse.

J’écoutais John Kerry parler de la liberté d’expression et de la force du stylo pour combattre l’obscurantisme, lorsque j’ai reçu un message m’indiquant que l’un de mes textes avait été retenu pour participer au concours du court du site Short Edition et qu’il était à présent en ligne… Ça m’a fait un choc. Mon texte ! Mes mots ! Le fruit de ma plume !

Le texte en question n’est pas un texte polémique, loin de là, à peine une petite bafouille poétique, mais là n’est pas la question. J’écris et je publie, sans entraves. Sans jamais me soucier la moindre seconde de savoir si ça va être possible, si ça va passer, si ça va être… accepté ! Brrr… Moi qui déteste qu’on me dise ce que je dois faire, l’idée que mes mots puissent être sujets à approbation me fait froid dans le dos.

Le fait de pouvoir écrire et diffuser librement ce que bon me semble, même si ça sort du discours ordinaire, même si ça en dérange certains, est à la fois une évidence et une nécessité. Jamais je ne tolérerais qu’on me censure, qu’on me muselle. Et même si je fais de ma plume un usage délibérément doux et conciliant – qui correspond à mon humeur du moment – ne vous y trompez pas : c’est un acte militant.

J’écris, je m’inscris dans le monde, je revendique ma place. Je fais partie de cette société avec toutes mes composantes, mes similitudes et mes différences, et vous apprenez à me connaître autant que j’apprends à vous connaître. L’échange nous permet de grandir, de nous remettre en question, de mieux nous redéfinir. L’échange ne met pas en danger mes convictions – ou alors il faudrait qu’elles soient bien fragiles – au contraire : l’échange me pousse à les approfondir et elles en sortent renforcées, auréolées de la lumière de la réflexion.

Je suis Musulmane et j’écris : même si je vous parle de la pluie et du beau temps, des petits oiseaux dans le ciel et des fleurs dans les jardins, je dessine un pont entre deux mondes. Un petit pont, certes. À peine un passage à gué. Mais je me dis que ça en vaut la peine quand d’autres s’acharnent à détruire, et je n’accepterais certainement pas qu’on me barre la route.

Cette liberté de parole qui me paraît si évidente pour moi-même, je dois pouvoir la tolérer pour les autres, même si ce qu’ils disent me fait mal.

J'écris ton nom

Écrire est un droit. Dessiner est un droit. S’exprimer est un droit. Comment pourrait-il en être autrement ? Et de quel droit, au nom de quoi opposerait-on à des crayons à papier des kalachnikovs ?!

Le décalage entre les deux procédés est insoutenable.

😦

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10 réflexions sur “Mon stylo, mon droit !

  1. Salam alaykoum Marie
    Bravo pour ton texte et bravo pour ton engagement !
    Je suis pour et convaincue et « militante » du vivre-ensemble avec des ponts à mon échelle…
    Plus le temps passe, plus j’ai du mal à être optimiste pour l’avenir…
    Al hamduliLlah continuons notre chemin de paix incha Allah

    1. Je te rejoins totalement en tant que « militante » du vivre ensemble, à mon échelle, à ma toute petite mesure. Chaque événement est un nouveau coup au cœur mais je veux continuer à y croire malgré tout.

  2. Une caricature d’un journal fondalementalement satirique et provocateur ne peut et ne pourra jamais ternir l’image du prophète, n’empêche personne de pratiquer sa religion, de vivre ses croyances. Rien ne peut ternir l’image du Prophète quand Il vit dans son coeur. Intenter à la vie d’autres personnes humaines ternit l’image de l’humanité, ternit l’image de l’Islam. Le vrai croyant est bien plus haut que ça. Il faut rester très soudé et uni face à ces fous qui veulent semer la terreur. Alors surtout n’arrête pas d’écrire, sur rien, sur tout, ça signifie tellement !

    1. Mais oui ! Je suis tellement d’accord avec toi ! Je n’ai jamais compris la virulence des réactions par rapport à ces caricatures. Elles n’entachent en rien l’image que j’ai du prophète de l’Islam et franchement, le fait de savoir qu’elles existent ne me fait ni chaud ni froid. Par contre, que des gens se servent de ma religion de justice et de lumière pour justifier la barbarie, là ça me fait vraiment mal. Je me sens souillée. Du moins c’était mon premier sentiment hier. 24 heures après, je suis juste sous le choc, étranglée par l’émotion et l’horreur.
      Oui, nous devons être unis face à l’obscurantisme et à la violence. Vu de loin, ça semble être le cas, ce qui est plutôt réconfortant. Mais j’ai entendu parler d’attaques contre des mosquées et ça, ça m’inquiète et ça m’attriste aussi.

  3. Merci pour ces mots Marie. Militante et bâtisseuse. Le peu que nous pouvons faire est toujours nécessaire, pour la tolérance, le vivre ensemble, qui est possible. On nous parle de ce qui va mal entre les peuples, on oublie souvent de dire qu’il existe des miliers de personnes qui s’engagent, qui se mobilisent, qui créent de belles choses, qui construisent ces ponts entre deux rives.
    Il faut garder espoir, il faut garder la foi, car l’humain a des ressources merveilleuses en lui. Il faut garder la foi pour combattre la haine. Il faut faire monter nos voix pour fédérer les nations. Ce sont nos seules armes Marie.

    1. Je te rejoins, Marie. Il faut continuer à y croire et à lutter la plume à la main pour bâtir des ponts, même si ce n’est qu’à un modeste niveau. Nous avons cette chance de pouvoir le faire en toute liberté. On oublie parfois que ce n’est pas évident pour tout le monde.

  4. Très beau texte Marie, oui luttons contre l’obscurantisme, gardons la foi pour combattre la haine gardons le crayon à la main ou la plume en toute liberté ne laissons pas s’éteindre ce droit à écrire ou à dessiner… Bonne soirée Marie, bises

      1. C’est joliment dit ! Merci pour l’échange
        Espérons que toute cette émotion, ce recueillement et cette union nationale contribue à l’acceptation du pluralisme, au respect de chacun et à la lutte constructive et effective du fanatisme !
        Bises

Petits mots et longs discours, c'est par ici...

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