À distance

Ma vie en pointillés est faite de départs et d’arrivées. Elle tient dans des valises qu’on boucle, dans des sacs qu’on trimballe. Elle se morcelle en longues séparations, en chaleureuses retrouvailles. Elle se déroule en attentes interminables, en joyeux chaos au milieu des bagages.

Toute petite déjà, elle courait sur les quais, le long des wagons. Elle sautait au cou d’une grand-mère, elle embrassait un oncle. Gare du midi, Marseille St-Charles… À bord du Bruxelles-Vintimille, les couchettes avaient des relents d’insomnie.

Ma vie en pointillés connait l’exil et le manque, les enfants qu’on ne voit pas grandir, les vieux qu’on ne voit pas partir, le quotidien qu’on ne partage pas, le soutien qu’on n’apporte pas.

Elle s’étire en longs moments de silence. Elle s’attarde sur des plages de solitude.

Elle avale parfois les kilomètres ; de longs rubans d’asphalte au bout desquels on l’attend. Elle emmène là-bas des petits bouts d’ici, des parfums d’ailleurs. Elle ramène avec elle des saveurs d’autrefois.

Elle a ses habitudes dans les halls d’aéroport. Tantôt en partance, elle galope sur le tarmac, des ailes dans le dos ; tantôt en attente, elle trépigne devant le sas des arrivées. Mains moites, chamade au cœur, elle guette les premiers chariots chargés et les visages familiers.

Ma vie en pointillés connait des parenthèses animées. Des jours où chaque minute compte, où tout est plus intense, plus précieux – car éphémère. Des jours où la routine n’a plus cours, où l’on oublie tout pour prendre le temps d’être ensemble, où l’on s’efforce de rattraper le temps perdu. Mille choses à se dire, mille choses à se montrer, et autant de souvenirs nouveaux à se fabriquer.

Puis viennent les au revoir mouillés que l’on fuit parfois, que l’on ne se dit pas parce qu’ils font trop mal. Ce sont des gorges nouées ; des mains qui se retiennent quand la vie les entraîne, ailleurs.

Ce sont des promesses et des espoirs de tout recommencer, de faire aussi bien, ou mieux peut-être, la prochaine fois, au prochain voyage, aux prochaines vacances.

C’est la frénésie du départ, et le vide après. Le vide qui emplit tout l’espace, qui écrase le cœur.

Et puis on ravale ses larmes et on retrouve en soi la force de continuer, sans lui, sans elle, sans eux.

À peine esseulé, on se met déjà à préparer les prochaines retrouvailles, la prochaine parenthèse de bonheur, petit pointillé qui viendra s’ajouter à la longue série……

Envol

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10 réflexions sur “À distance

  1. Tu évoques à merveille Marie ces départs, ces retours, ces visages que l’on laisse, et ceux que l’on retrouve. C’est poétique, vivant, un peu triste aussi parfois. Il faut du temps pour reprendre le fil de tout, du temps qui passe. Belle et douce semaine à toi

    1. En fait, Marie, je me rends que j’ai toujours vécu comme ça. Depuis très longtemps, ma vie de famille se passe par morceaux, de séparations en retrouvailles. Je ne sais même pas ce que c’est que de juste passer pour le café… Mais je me dis parfois que cette façon de vivre nous pousse à faire plus attention au temps qu’on passe ensemble. Combien de gens vivent côte à côte sans se voir ?

    1. Je suis très esseulée aussi dans cette histoire, Petite Yaye ! Heureusement que j’ai réussi à me refaire un cocon où il a fini par faire bon vivre. Ça n’a pas toujours été le cas.
      Et puis, il y a des relations qui se trouvent renforcées par la distance et d’autres, malheureusement, qui s’effilochent quoi qu’on fasse pour essayer de les maintenir – et malgré tous les moyens de communication qu’on a maintenant ! Et ça, ça fait mal au cœur.

Petits mots et longs discours, c'est par ici...

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