Chuter, lutter, apprendre et rebondir

Écrire.

Écrire sans réfléchir.

Confier à la page ce que personne ne peut comprendre.

Se délester sur le clavier de cette douleur qui enserre la gorge, qui écrase, qui étrangle, quoi qu’on fasse. Cette douleur qui nous tombe dessus alors qu’on la croyait loin, disparue, partie pour toujours. Et puis non, la revoilà. Comment s’en débarrasser ? Comment s’en libérer ?

La dire n’est pas une solution. On ne récolte que le contraire de l’effet escompté. On quémande de l’attention, on ne suscite que la colère, l’agacement, la fuite. Mais on ne peut s’en prendre qu’à soi-même. Cette douleur-là ne se dit pas. Elle ne sait pas s’exprimer dans la douceur. Elle ne fait que mordre. Elle bouscule, elle importune. Elle saccage tout sur son passage. C’est une douleur qui voudrait crier « berce-moi ! » mais qui dit tout l’inverse. Et on se retrouve plus seul que jamais.

Cette douleur-là ne se dit pas. Elle est inaudible pour qui ne l’a jamais connue. J’aurais dû le savoir pourtant, au lieu d’espérer des renforts. J’aurais dû lui déclarer la guerre, sans délai ; la combattre, seule, sans rien attendre de personne. J’aurais dû refuser d’emblée de jouer son jeu cruel et la bouter hors de ma vie, comme une malpropre.

Il est encore temps…

Je vais descendre la chercher, là elle se loge, dans ma gorge qu’elle étreint de son étau de fer, dans ma poitrine où elle a pris mon cœur en otage, et l’expulser manu militari, la jeter très loin et lui barrer le passage pour qu’elle ne puisse plus revenir.

Crois-tu donc, douleur, que j’ai parcouru tout ce chemin pour que tu me fasses tomber à nouveau ? Crois-tu pouvoir encore me torturer après que j’ai goûté à un tel degré de bien-être ? Tu m’as empoisonnée fort longtemps. Aujourd’hui, je sais comment lutter. J’ai appris.

L’instant présent est ma meilleure arme. Je m’en emplis toute entière. Je le respire profondément. Il sent la pluie et l’asphalte mouillée. Il s’étire dans un ciel de perle nimbé de lumière, malmène la mer aux reflets d’argent, gronde en rafales à mes fenêtres. Dans mon cocon douillet, je savoure la chaleur et le calme. Au loin, des voix en cascade m’invitent à la prière…

C’est l’heure. C’est le moment. Ne plus ruminer le passé. Ne plus se miner pour l’avenir. S’en remettre à Celui qui tient ma vie entre ses mains. Retrouver confiance. Ouvrir son cœur à la gratitude. Faire la somme de tous les petits bonheurs, de toutes les chances, de tous les cadeaux. Voir ce qui peut être fait, le positif qui peut être généré, les graines qui peuvent être semées. Échelon après échelon, remonter la pente.

Cette rechute n’aura pas été vaine. Elle m’aura appris une chose essentielle : ne jamais attendre son bien-être de l’extérieur.

Le puiser en soi.

Ne pas se laisser aller à toucher le fond en espérant plus ou moins consciemment qu’on viendra nous y ramasser. Le mal-être fait fuir. Si vous tombez, personne n’aura envie d’aller vous secourir là-bas. Et votre douleur, personne ne voudra l’entendre. Secoue-toi ! Fait un effort !… Aucune chance d’être entendue.

Mon cher bien-être, il va me falloir retourner le chercher tout au fond, là où il a glissé. Il va me falloir le restaurer, le réparer, le faire briller à nouveau.

C’est à moi de le faire et à personne d’autre.

Et quand j’aurai terminé, il illuminera ma vie à nouveau et celle des autres autour.

Au bout du tunnel

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14 réflexions sur “Chuter, lutter, apprendre et rebondir

  1. ce billet est si profond, il me faudrait me l’imprimer dans le crâne pour l garder en moi et me donner ce coup de pied pour aller chercher mon propre bienêtre, jamais je n’aurai osé poser ces mots, ils sont si expressifs…,
    Merci

    1. Merci Miss K’ty pour ce commentaire qui me touche beaucoup. Pour tout dire, j’ai hésité à déposer ces mots ici, mais au final, je ne regrette pas de l’avoir fait. Je me sens beaucoup mieux ce matin.
      Se secouer pour aller chercher son propre bien-être, je sais bien que c’est plus facile à dire qu’à faire. Pourtant, quand on comprend que c’est à nous de le faire, et qu’aucune aide ne pourra le faire à notre place, on fait déjà un pas.
      Belle journée à toi 🙂

  2. si tu savais comme ton texte me parle en ce moment ou j’ai l’impression de replonger, il est très beau … Je te souhaite de retrouver le bien être qui illuminera de nouveau ta vie et celle de ceux que tu aimes, douces pensées

    1. Merci Karine. Oui, il faut persévérer. Le jeu en vaut la chandelle et maintenant que je le sais, maintenant que j’ai goûté au bien-être, je ne risque pas d’abandonner !
      Belle journée 🙂

  3. Je trouve tes mots très justes Marie. Je pense qu’une fois qu’on a compris que nul autre que nous même étions capables de reconquérir notre bonheur, de dépasser nos souffrances, on a passé un cap libérateur.
    Bien entendu la vie est ainsi faite que parfois nous chutons à nouveau, nous hésitons, nous avons l’impression de ne plus pouvoir maintenir la tête hors de l’eau, puis nous repartons à la conquête de ce bien-être touché du doigt et tant aimé.
    Rien n’est statique Marie. La vie change, nous aussi mais ce qui est acquis n’est jamais loin de nous.
    Douces pensées et prends soin de toi.

    1. C’est vrai Marie, rien n’est statique, mais on apprend au fur et à mesure, et cet acquis-là nous aide à remonter plus vite. Il est bien normal d’avoir des petits passages à vide, des rechutes, et finalement, il y a des leçons à tirer de ces moments. Être l’artisan de son propre bien-être, c’est ce que je veux retenir de ces derniers jours, et surtout ne jamais s’attendre à ce que les autres comprennent de quoi il s’agit, à ce que leur compréhension nous soulage. Prendre les devants !
      Belle soirée, Marie 🙂

  4. Courage, je sais combien il est dur de plonger dans cette abîme sans fond,dans cette solitude.Tomber pour mieux se relever et mieux se connaître aussi…la lumière n’est jamais bien loin et elle est plus forte.Positiver le plus possible.🌞💐

    1. Oui, c’est exactement ça, Claby : tomber pour mieux se relever. Décider d’agir plutôt que subir. En même temps, j’étais tellement bien ces derniers mois, je tiens absolument à ce que ça continue. Cet épisode m’aura donné des clés pour l’avenir.
      Très belle soirée 🙂

  5. Que c’est beau Marie ! Que c’est grand ! C’est au cœur de la nuit que les étoiles brillent le plus. Tu as su les voir et reconnaître qu’elles ne s’éteignent pas, mais ne font que disparaître de notre vue. Les atteindre n’est qu’une question de temps et de foi.

    1. Merci Renée-Lise. Tu exprimes parfaitement ce qu’on peut ressentir quand on est moins bien : on sait que la beauté est toujours là, simplement on a plus de mal à la voir. Une question de temps et de foi… Exactement !

  6. Salam alaykoum ma soeur
    C’étaient les vacances (d’où mon silence), bien remplies avec aussi des hauts et des bas macha Allah, la vie !
    Je crois que toute notre vie est un jihad pour lutter contre nos faiblesses, pour mieux revenir vers Lui, ces rechutes comme autant de rappels, comment en serait-il autrement ? L’être humain tomberait forcément dans l’orgueil. Et pour tous les efforts que nous faisons, quelle « élévation spirituelle », et quelles bénédictions de sa Part…
    Etre humble, plein de gratitude, de générosité et de justesse, c’est un vrai challenge !
    J’espère que tu vas bien. Maintenant que je te connais de mieux en mieux, je suis certaine que tu as les ressources pour aller de l’avant. 🙂
    Prend soin de toi.
    Qu’Il nous guide…
    Bises

    1. Pardon, pardon, pardon !
      Ce commentaire était allé se mettre dans les indésirables et je viens de le voir !
      Tu as raison, Dija, si on n’avait pas de bas, on tomberait dans l’orgueil. On oublierai ce qui est important. Nous avons besoin de ce rappel. Au fond, je ne lutte pas contre l’adversité, inhérente à la vie, mais contre cette douleur physique réelle que procure la dépression. C’est un combat positif qui me pousse à rechercher ce qui est beau, ce qui est vrai, à avoir des relations saines et franches avec mes proches, à éviter les énervements inutiles, etc. Il est clair que ça me fait progresser.
      Qu’Il nous guide, c’est ce qui compte.
      Bises Dija

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