Derrière nous, février

Il a filé à toute allure, ce plus petit mois de l’année.

C’est tout juste si on l’a vu passer !

Il a connu des hauts et des bas, des tensions et des apaisements ; il m’a vue replonger alors que je me croyais tirée d’affaire. Puis remonter la pente pas à pas, en me servant du moindre petit bonheur, du moindre instant de plaisir, comme autant de marches à gravir pour me hisser vers le sommet.

Siroter la pluie

Il avait très bien commencé avec l’arrivée du fils lointain. Je m’étais sentie complète à nouveau, tous mes poussins pépiant autour de moi. Un peu en retrait, j’avais pris un plaisir fou à les regarder se retrouver, échanger, raconter, mais aussi se chercher, se chahuter, comme on le fait à cet âge. Des retrouvailles plaisantes quoique bruyantes.

J’étais sur un petit nuage très confortable, entourée par ma tribu. Je planais loin au dessus du sol, goûtant avec délice une sérénité enfin retrouvée. Rien ne semblait pouvoir m’atteindre. Et pourtant…

Vitamines !

Pourtant, le jour du départ est arrivé.

Ce matin-là, rien ne m’avait laissé présager l’abattement qui serait le mien quelques heures plus tard, en voyant mon beau ténébreux de fils monter à bord de ce car. Je ne m’y attendais pas. J’avais plutôt bien vécu cette séparation jusque là. Et puis, soudain, j’ai senti mon cœur dégringoler dans ma poitrine et le vide m’envahir. Un vide douloureux que je connaissais bien pour l’avoir combattu durement pendant de si longues années. Une douleur dont je me croyais débarrassée à jamais.

Elle était là à nouveau, prête à déchiqueter de ses crocs voraces tout le bleu que j’étais parvenue à accrocher dans mon cœur.

Bien sûr, le départ de mon fils n’était pas la seule cause. Je l’ai compris après. Ce départ tombait dans un contexte déjà délicat pour moi. Un contexte qui réveille immanquablement, chaque année, mes anciens traumatismes, mes anciens cauchemars.

Acidité

Car février, pour les Français de l’étranger, c’est avant tout le mois du dépôt des demandes de bourses scolaires. Une procédure fastidieuse et éprouvante dont l’enjeu peut être crucial quand on a quatre enfants à scolariser et qu’on n’a clairement pas les moyens de payer les frais de scolarité démesurés de ces écoles – ni aucune autre alternative, du fait de la langue. Quant à revenir en France, oui… Mais comment ?

Il faut savoir que cette procédure n’est pas automatique. Votre dossier peut très bien être rejeté sur la simple suspicion de sa non-conformité avec la réalité. En clair, si on vous soupçonne d’avoir fait des déclarations mensongères, que ce soit le cas ou pas, votre dossier part à la poubelle et vous vous retrouvez avec vos quatre enfants déscolarisés. C’est du vécu. Du mal vécu.

Des angoisses à n’en plus finir, des insomnies et des sueurs froides, des échéanciers respectés tant bien que mal, à coups d’expédients, prolongés au-delà de toute mesure, maintenus malgré la constatation pure et simple que nos difficultés étaient réelles, avec toujours la menace de l’exclusion au-dessus de leurs têtes.

De quel droit refuse-t-on à des enfants l’accès à leur classe, à leur groupe de copains qui joue dans la cour, à la fête de fin d’année qu’ils avaient pourtant préparée avec enthousiasme ?

C’est notre propre pays qui nous a fait ça. Mon cœur en saigne encore.

Douloureux dossier

Chaque année, je remets le couvert avec ce dossier qui va décider si oui ou non, mes enfants auront le droit d’aller à l’école. Chaque année, la même épée de Damoclès…

Et chaque année, les mêmes questions qui ressurgissent par rapport à l’utilité de tout ça, au bien-fondé de ce choix qui n’est plus vraiment le mien ; les mêmes regrets, les mêmes blessures…

Mais laissons-les là où ils sont. N’allons pas les remuer encore au risque de tomber dedans. Je ne voudrais pas plonger à nouveau après avoir atteint le sommet.

Car j’y suis parvenue !

Patiemment, je me suis employée à restaurer ce bien-être auquel j’étais arrivée avant ma rechute. De moments de partage en instants de douceur, de menus plaisirs en petits bonheurs, j’ai travaillé à gommer cette douleur, ce pincement au cœur, cette tristesse latente qui pesait sur mon cœur.

 Moment de douceur

Février m’a donc vue boucler mon fameux dossier, aller le déposer la peur au ventre, les mains moites, puis rentrer chez moi faire mes bagages.

Résigné, il m’a dit au revoir sur le pas de la porte. Il savait son temps révolu.

Je suis partie sans me retourner, un brin contrariée. Il m’avait malmenée quand même. Je lui en voulais un peu.

Et puis, mars m’attendait sur les pentes de l’Atlas, pour une grande bouffée d’air pur…

Au sommet

Et pour vous, il s’est passé comment ce petit mois de février ?

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12 réflexions sur “Derrière nous, février

  1. Merci pour ce récapitulatif! C’est une sacrée aventure cette bourse… J’espère que tout va bien se passer maintenant! Profite bien de mars, tu l’as bien mérité 🙂

    1. Merci Illyria. Cette bourse est une grande source de stress pour moi, car nous avons eu des expériences difficiles par le passé. Et l’enjeu reste important.
      En tout cas, j’ai fait de mon mieux. Maintenant, tu as raison, j’ai bien mérité de passer à autre chose 🙂

  2. Eh ben, moi qui travaille au cœur du systéme (je suis instit à l’école française) je savais qu’il y avait des « couacs »dans l’attribution des bourses mais à ce point!Je comprends que cela soit difficile mais courage il n’y a pas de raisons qu’on te l’enlève puisqu’on te l’a déjà attribué…j’ai remarqué une chose ici,tu peux passé par les pires problèmes mais finalement cela fini toujours par s’arranger.Pour ma part, le mois de février fut glacial (et la grippe en prime) je suis très contente de voir mars arrivé avec du soleil et un peu de chaleur😎bon week end

    1. C’est vrai, il n’y a aucune raison que ça se passe mal cette année, mais comme on a déjà eu plusieurs mésaventures, je reste anxieuse.
      Moi aussi je suis contente de voir le printemps arriver. Vivement qu’on mette les gros pulls au placard !

  3. très vite ! et rempli de nouveaux projet prometteurs. Bref, nettement mieux que janvier ! Il faut dire que si ça aurait pu être ma première démarche de demande de bourse pour Michoco, j’ai sauté mon tour, apeurée par tous ces papiers à fournir, j’ai décrété qu’avec un seul enfant je pouvais encore prendre ça en charge, que sa petite école maternelle qui ne figure pas dans la liste officielle nous convenait à tous les deux, mais je réalise bien qu’un jour ce sera inévitable d’en passer par là…

    1. Je pense qu’avec un seul enfant, je passerais aussi allègrement mon tour ! Mais bon, quand on peut fournir les documents demandés sans trop de problèmes (comme des bulletins de salaire, par exemple), je pense que ça ne doit pas être si terrible. Notre problème vient du fait que mon mari est en commerce avec une pratique, euh… on va dire… plutôt informelle : beaucoup de la main à la main, sans traces écrites. Du coup, il y a toujours des incohérences dans cette partie-là du dossier et je n’y peux rien du tout ! Vivement qu’on sorte de tout ça ! Depuis qu’on vit au Maroc, ma vie entière tourne autour de l’école. J’en ai plus qu’assez !

      1. oui l’informel je connais aussi ! et pour l’école il semble que je sois aussi engagée dans la même voie que toi puisque jusqu’au collège il n’y a école que le matin… même dans les écoles françaises, ensuite c’est aller-retours en voiture, pas de cantine, activités pour occuper les enfants l’après-midi, je comprends mieux pourquoi certaines familles s’encombrent d’un chauffeur et de nounous 24h sur 24….

      2. C’est clair, les écoles françaises à l’étranger ne sont pas de tout repos. C’est vraiment un investissement à tous les niveaux et le comble, c’est quand je vois mes enfants y aller comme si je les emmenais à l’abattoir ! Avec tous les efforts qu’on fait pour que ce soit juste possible… Grrr !
        Chauffeurs et nounous sont de mise ici aussi, mais très peu pour nous ! Confier la prunelle de mes yeux à de parfaits inconnus ?! Impossible ! En plus, ils sont un peu sauvages, mes enfants (gnark, gnark)… Ils ont déjà du mal à accepter les incursions de la femme de ménage dans leur espace ! Mais là-dessus, je tiens bon. Il y va de ma santé… Non mais ! 😉

  4. J’imagine l’angoisse Marie et cette sorte d’angoisse, ajoutée au reste, ça bousille tout effort de refaire surface. Mais tu as réussi à avancer, à puiser ici et là des étincelles de douceur et de joie. Mars ou l’arrivée progressive du printemps, ça va nous faire du bien.

    1. Ouiiihhh… Mars annonce les beaux jours. Ça va nous faire un bien fou de laisser tomber quelques couches de laine !
      L’angoisse anéantit mes efforts, c’est vrai, Marie, mais elle fait surtout ressortir tout un tas de choses douloureuses. Des inquiétudes, des regrets, et toujours cette même question : à quoi bon ???
      Vivre ici représente beaucoup de difficultés, mais pour quelles compensations ? A part le prix des légumes, je n’en vois aucune !!!
      Après, c’est une sacrée gymnastique pour replacer les choses dans une perspective plus positive et s’efforcer malgré tout d’aller bien… Mais j’y travaille !

Petits mots et longs discours, c'est par ici...

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