Courir ? Moi ?! Après tout, pourquoi pas…

Le sport et moi, ça fait deux.

Ça a toujours fait deux.

Du moins, c’est ce que j’ai longtemps cru : c’est ce que l’école m’a fait croire, avec ses étiquettes faciles et ses cases impitoyables.

Bien sûr, depuis toujours, je traînais la jambe dès qu’on me demandait un effort physique et je ne voyais pas l’utilité de m’agiter pour le seul plaisir de transpirer. Dans ma petite école de village, quand le maître annonçait une partie de « ballon prisonnier » ou un parcours d’obstacles, les élèves de tous âges sautaient de joie. Moi, je faisais la grimace et j’essayais de m’éclipser pour aller bouquiner dans un coin…

Mais d’un autre côté, j’étais une enfant très active, toujours dehors, dans la colline, parcourant des kilomètres sur des chemins pierreux, ne descendant de mon vélo que pour grimper aux arbres. L’été, j’étais un vrai poisson ! Je ne sortais de l’eau – celle du lac ou celle de la piscine – qu’à la nuit tombée, pour aller courir dans le hameau avec les autres enfants…

Mais ça ne compte pas, ça, à l’école. Ce que vous savez faire à l’extérieur n’a pas d’importance.

Dès votre entrée au collège, on vous teste, on vous note, on vous catalogue dans un groupe dont vous ne sortirez plus : celui des faibles, des « nuls en sport ». En d’autres mots, vous êtes un cas désespéré et vous pouvez être sûr que le prof chargé de ce groupe calamiteux ne se donnera pas beaucoup de mal pour vous donner le goût de l’effort.

On vous enferme entre quatre murs dans un gymnase puant et on vous dit : « vas-y maintenant, cours ! Attrape le ballon et sois prête à tuer père et mère pour marquer ce panier ! »…

Mais pour quoi faire, bon sang ? Pourquoi voulez-vous que je coure dans cet endroit repoussant où on peut à peine respirer ?! Pourquoi voulez-vous que je me batte contre mes camarades pour marquer ce fichu panier dont je n’ai rien à faire ?!

Ces heures de cours étaient un calvaire pour moi… Je ne voyais pas à quoi ça pouvait bien servir.

Jusqu’à ce que ma route croise, en troisième, celle d’une prof de sport hors pair qui a su me montrer les choses sous un autre jour et me faire apprécier ce que je croyais détester.

Elle nous faisait faire de longues marches dans les collines autour du collège, et on adorait ça. Pour l’endurance, elle nous emmenait courir dans la forêt et du coup, ça devenait tout de suite plus intéressant que de faire les sempiternels et ennuyeux tours de terrain. Nos foulées étaient amorties dans la terre rouge. Il fallait parfois se baisser pour éviter les branches. L’air sentait bon la résine. Ou le thym. On croisait des oiseaux ou des insectes…

Moi, la nulle en sport, je me suis prise à aimer ce que je faisais là, dans cette forêt odorante de Provence : courir ! Eh bien oui, je courais et j’aimais ça, et je tentais même un tour de plus. « Tu vas y arriver, disait cette prof formidable. Tu en es capable ». Et en effet, je découvrais que j’en étais capable. Je crois qu’aucun prof de sport ne m’avais jamais dit ça avant, ni n’avait dépensé autant d’énergie à m’en persuader. Et ça a fait toute la différence.

Avec cette même prof, je suis allée faire du ski, et j’ai adoré ça. Je suis allée faire de la voile et j’ai adoré ça. En parallèle, j’avais commencé aussi la randonnée équestre et ça, c’était bien plus que le kiff ! Là, c’était mon rêve d’enfant qui se réalisait. Bien plus tard, j’ai eu l’occasion d’essayer le canoé-kayak, et là encore, j’ai trouvé ça génial !

Vous voyez le point commun entre toutes ces activités ?

Je me suis rendue compte à ce moment-là que je n’étais pas du tout rétive au sport, comme les cours d’EPS de l’école avaient pu me le faire croire. Mais que j’aimais au contraire une certaine catégorie de sports : ceux qui se pratiquent en extérieur, dans la nature. À pieds, à cheval, en vélo, sur des raquettes ou même en pédalo ; tout ce que vous voulez, pourvu que ce soit DEHORS !

La performance pour la performance ne m’intéresse pas. Ce que j’aime, c’est être au contact des éléments. Ce sont les sensations que procurent les différents moyens utilisés pour interagir avec la nature ; le balancement du cheval sur un chemin escarpé, le sifflement des skis lancés à toute allure sur la neige et les gouttelettes qui vous fouettent le visage, les mouvements à faire pour diriger une embarcation et la voir glisser à la surface de l’eau…

Mais l’école m’a coincée dans cette case de nulle en sport, parce qu’elle n’avait rien d’autre à me proposer qu’une gamme restreinte d’activités qui ne m’intéressaient pas, parce que je ne prenais aucun plaisir à faire ce qu’elle m’imposait et que je ne voyais donc pas l’utilité de faire des efforts. Et peut-être aussi parce que la grande majorité des profs sur lesquels je suis tombée n’avaient absolument rien à faire des élèves dits faibles, préférant largement les laisser sur le banc…

Malgré ma rencontre avec cette prof providentielle (qui m’avait cependant permis de prendre confiance en moi) , j’ai gardé malgré tout une image négative du sport et des sportifs en général : des fanatiques ! Des forcenés, qui n’hésitent pas à vous crier dessus quand vous n’allez pas assez vite… Pendant longtemps, il ne me serait jamais venu à l’esprit d’aller m’inscrire dans une salle ni même d’aller faire un jogging. C’était comme barré dans ma tête. Attention, zone à éviter !

Au fil des années, sans même m’en rendre compte, j’ai fini par devenir complètement sédentaire. La vie et ses contraintes, le temps qui passe trop vite et qu’on ne prend pas…

Pendant longtemps, les activités de la vie courante m’ont maintenue en forme. Avec une famille nombreuse, les occasions de bouger ne manquaient pas. Je marchais beaucoup, d’autant que je n’ai eu mon permis qu’à 34 ans.

Et puis le Maroc… la vie qui se durcit… qui ne laisse plus le moindre répit… Tout finit par se faire en voiture pour grappiller la moindre minute. Petit à petit, j’ai marché de moins en moins, de moins en moins… Jusqu’à ne plus marcher du tout.

*****

Si je vous parle de ça aujourd’hui, c’est parce qu’après avoir travaillé pendant deux semaines de façon intensive sur l’importance de l’activité physique pour la santé [avec notamment un rôle préventif pour de nombreuses maladies comme certains types de cancers (côlon et sein, entre autres), les maladies cardiovasculaires, le diabète de type II, etc.], je me suis faite quelques réflexions.

Quand je vois mon parcours et que je lis à longueur de journée à quel point le fait de rester actif est vital, je me dis qu’il y aurait vraiment des choses à changer dans ce système. Qu’il serait plus judicieux pour l’école de valoriser l’activité physique en général, le simple fait d’être actif quelle que soit l’activité choisie, plutôt que les performances.

Si on se focalise sur les performances, on risque de dégoûter ceux qui ne sont pas performants dans ce domaine, ceux qui sont un peu moins à l’aise ou qui n’aime pas ce qu’on leur propose tout simplement. On risque de les voir se braquer contre tout ce qui ressemble de près ou de loin à du sport.

Et quand on voit les conséquences de la sédentarité, c’est grave : surpoids et obésité avec tous les problèmes que ça comporte, diabète de type II, hypertension, insuffisance cardiaque, hypercholestérolémie, athérosclérose, avec pour ces quatre derniers, une augmentation du risque cardiovasculaire, diminution de la masse osseuse, et j’en passe.

Je me dis qu’en plus d’expliquer aux élèves et aux gens en général à quel point c’est important, il faudrait vraiment mettre en avant le fait que chacun a la capacité de bouger et qu’il peut le faire en fonction de ses propres aptitudes, l’essentiel n’étant pas de s’aligner sur des normes établies mais sur les progrès que chaque personne peut faire à son niveau.

Mieux vaut peu que pas du tout ! C’est ça, le message en matière d’activité physique.

Ça permettrait à tous les élèves de prendre confiance en leurs capacités et d’intégrer le fait d’être actif dans leurs habitudes pour le reste de leur vie. Ce qui serait, au fond, bien plus important que leurs notes en basket ou en athlétisme.

*****

Bref, tout ça pour vous dire qu’à 41 ans, je viens de me mettre au jogging !

Courir sa vie

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10 réflexions sur “Courir ? Moi ?! Après tout, pourquoi pas…

    1. Merci Illyria. Je me disais que je n’étais sûrement pas la seule à avoir été dégoûtée du sport à l’école, et quand je vois à quel point c’est important de rester actif, je trouve ça malheureux.

  1. J’aime beaucoup ce billet Marie ! Comme toi, on m’a très vite classé dans les nulles en sport… Mais comme toi aussi, j’étais toujours dehors sur mon vélo et j’adorais toutes les activités en extérieur ! Aujourd’hui, à presque 40 ans, je recommence à m’intéresser d’un peu plus près au sport car oui il est vital pour la santé ! Je fais de la marche rapide et de la zumba depuis peu… Merci pour ces encouragements à se bouger !!! Bisous et bon lundi 😄

    1. Ben oui, je trouve ça dommage ce décalage entre le sport à l’école et la capacité qu’on a à être actif en parallèle mais qui n’est pas reconnue par l’école. Pourtant c’est important.
      Je m’y mets tardivement et très doucement, à la mesure de mes modestes capacités, mais je trouve que c’est toujours mieux que rien. Et j’espère bien progresser 🙂

  2. Moi le collège m’ a dégouté de la course à pied à cause du cross inter collège de ma ville auquel on etait obligé de participer et qui occasionnait un entraînement de titan autour d’une piste.je détestais et je n’étais pas la seule…du coup il m’arrive parfois de courir mais sans jamais persévérer même si maintenant je le fais à mon rythme.Moi je trouve que ce qui est important c’est d’apprendre l’effort sur soi et de progresser à son rythme selon ses capacités ça commence à venir à l’école primaire mais dans le secondaire c’est toujours la course aux notes et pas seulement en sport hélas….😡
    Il suffit de faire passer un contrat aux enfants avec des performances faciles ,moyennes,difficiles,sur plusieurs séances chacun note ses performances et fait de son mieux pour progresser et participer sans vouloir être le meilleur à tout prix…les enfants constatent eux mêmes leurs progrès et parfois s’étonnent eux mêmes!😃

    1. Je suis d’accord pour donner aux enfants et aux ados l’envie de progresser à leur rythme. Et d’ailleurs, je constate que les fameux groupes que j’ai connus (forts – moyens – nuls) n’existent pas dans l’école de mes enfants, preuve peut-être que les choses changent quand même. Mais je trouve qu’on devrait aussi leur expliquer tous les avantages d’un mode de vie actif tout au long de la vie, pour leur donner envie de le rester. Si on m’avait expliqué au collège et au lycée tout ce que je lis maintenant dans le cadre de mon travail à propos des bénéfices de l’activité physique pour la santé, j’aurais sans doute été plus assidue. Je sais qu’on en demande beaucoup à l’école, mais je trouve que ces cours-là devraient être envisagés dans une perspective de santé, en ciblant la motivation à long terme des élèves. L’enjeu va bien au-delà du carnet de notes !
      Bonne journée, Claby 🙂

      1. Eh oui on apprend aussi à l’école beaucoup de choses qui ne servent à rien et à contrario des choses parfois essentielles sont totalement occultées…comme le bon sens…va savoir😉

  3. Moi j’étais plutôt hors catégorie : pas vraiment dans les plus forts, surtout en athlétisme…, mais toujours enthousiaste et je donnais des conseils avisés à tout le monde, du coup les profs me notaient plus sur mon coaching que sur mes performances !! et j’arrivais même à faire changer les notes de certains élèves peut-être moins performants mais plus méritants par rapport au niveau d’effort fourni !! haha, quand j’y repense j’avais un peu révolutionné le monde de l’EPS à ma sauce 😉 Je te souhaite de bien noircir tes baskets et d’y prendre plein de plaisir !

    1. Pourquoi est-ce que ça ne m’étonne pas vraiment ?!… 🙂
      J’aurais dû avoir une copine comme toi pour me motiver un peu plus, mais à mon avis, des comme toi, on n’en trouve pas partout !
      Le plaisir d’user mes baskets, je le découvre à 41 ans et je suis la première surprise ! J’ai toujours beaucoup aimé marcher, mais l’idée de courir ne m’a effleurée que très récemment et pour le moment, je suis très, très loin du semi-marathon !

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