Chroniques de mon balcon : tractopelle et tourterelles

C’était un petit jardin en forme de cœur. Un potager inattendu au cœur de la ville.

Depuis quatre ans, il me ravissait la vue avec ses rangées de verdure bien alignées, ses carrés de terre soigneusement retournés.

Des poules s’y affairaient en toute tranquillité. Des chatons y gambadaient gaiment. Parfois, des enfants échevelés s’y aventuraient en sautillant, une vieille paysanne sous un chapeau de paille venait y chercher une botte de persil, deux ou trois oignons.

Puis, je les voyais disparaître à nouveau sous leur toit : un ensemble de bâches disparates maintenues en place par des pierres et de vieux pneus. Un havre de paix pour une nuée de tourterelles.

Fermette ? Bidonville ? Squat ? Comment qualifier cette petite enclave incongrue dissimulée à la vue par de discrètes cannisses et un buisson d’hibiscus ? Ce morceau de campagne tombé là par Dieu sait quel hasard, à deux pas des grands boulevards et des constructions rutilantes qui feront le Tanger de demain ?

Quand les tractopelles sont arrivés, les enfants ne se sont pas méfiés. Depuis quelques temps, on les voyait s’activer à l’autre bout du terrain, déplacer la terre ici, l’aplanir là-bas. Fascinés, ils se sont mis à gambader autour du géant jaune à moitié rouillé. Ils ont surveillé ses allées et venues, on joué dans son ombre.

Est-ce qu’on leur a dit de rentrer, le moment venu ? Est-ce qu’on a prévenu leurs parents de ce qui allait arriver ? Ont-ils eu le temps de récolter tomates et concombres, menthe poivrée et coriandre ?

Un plan est un plan. Il faut le respecter. Le suivre à la lettre. Quelle importance s’il chevauche une parenthèse de poésie dans la frénésie urbaine ? Qui s’en préoccupe ?

C’était un petit jardin en forme de cœur. J’étais peut-être la seule à le savoir.

Dans les sillons ravagés laissés par la machine, un homme s’efforce de sauver ses pommes-de-terre, ou ses navets. Il les vendra au marché contre quelques dirhams.

Un tractopelle satisfait repose un peu plus loin, tandis que les tourterelles vont et viennent autour du toit de plastique et de couleurs. Elle ne se doutent pas que ses jours là sont comptés.

Au loin, la ville fourmille vers l’avenir qu’elle s’est choisi.

Tourterelle

(crédit photo)
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17 réflexions sur “Chroniques de mon balcon : tractopelle et tourterelles

  1. Toujours la poésie et la délicatesse de tes mots pour décrire ce qui rendrait indifférent la plupart des gens… et finalement ce sont tes belles qualités à toi qui se révèlent à nous ! 😊
    Allez courage le printemps ne saurait tarder… Bises

  2. Toujours autant de poésie et de délicatesse dans tes mots pour décrire ce qui susciterait l’indifférence pour bon nombre de gens… Et qui plus encore nous révèlent tes belles qualités 😊
    Allez le printemps ne saurait tarder… Bises

    1. C’est effectivement la réalité que j’ai sous le yeux, du haut de ma terrasse en hauteur. Je n’ai rien inventé. Juste présenté les choses à ma façon… Bises karine

  3. Espérons qu’il reste une fleur,un carré d’herbe ,un petit quelque chose de ce petit jardin entre deux bloc de béton…la nature reprends souvent ses droits…dur pour les gens qui vivaient là et se contentaient de si peu.bonne semaine et bonne vacances😉

    1. Il reste un petit triangle où les gens ont essayé de réorganiser les choses. Les baraquements de fortune qui leur servent de maison n’ont pas bougé, mais pour combien de temps ? Dans toutes les villes du pays, les terrains sont appelés à être construits – toujours plus haut, toujours plus inaccessible pour ceux qui ont moins. Je n’aime pas du tout cette urbanisation qui galope à travers tout le pays et défigure les villes. Pour moi, tous ces nouveaux quartiers sont sans histoire et sans âme. Mais apparemment, je suis la seule à avoir ce sentiment ! Je dois pas être faite pour la ville !
      Bonnes vacances, Clarisse 🙂

  4. Quand j étais à casa j’ai vu plusieurs maisons détruites pour construire en une vitesse record des immeubles…je ne me suis jamais habituée à cette ville haute,immense.Helas à Meknes aussi on assiste au même spectacle mais plus lent,moins sauvage peut être mais bien présent…et plus supportable grâce à la campagne environnante.🌳🌻🍀

    1. Je ne me suis jamais habituée à Casa, personnellement. Et encore maintenant, j’ai beaucoup de mal à y retourner. Je m’y sens comme enterrée vivante, c’est atroce.
      Mais dis-moi, tu as enseigné à Casa, alors ? Ce n’était pas à Molière, en CM2, par hasard ???

      1. Oui a Moliére mais c’était une autre Clarisse (la seule que j’ai rencontré avec le même prénom que moi dans ma vie) moi j’étais en CE2 mais je ne suis restée que 2 ans ensuite je suis partie à Meknes!

      2. Mes enfants ne sont restés qu’un an à Molière, l’année de notre arrivée au Maroc, et l’un d’eux était dans la classe de Clarisse, en CM2. Après, comme l’aîné était à Anatole, on a demandé à les transférer dans le même quartier, pour faciliter un peu les trajets. Ce sont 4 années vraiment difficiles qu’on a passées là-bas. Avec la circulation, cette ville est vraiment invivable !

  5. Je suis bien d’accord avec toi Casa est invivable, je n’ai pas supporté par contre j’ai des bons souvenir de Molière… c’est rigolo que tu connaisses aussi cette école…comme quoi le monde est petit!

    1. Très petit ! A Molière, j’adorais aller au café de l’institut français, juste à côté. Une petite parenthèse de verdure et de calme au milieu de la frénésie. Casa, pour moi, c’était beaucoup d’attente avec les différents horaires de mes enfants (entre primaire et collège) et les trajets que j’essayais de regrouper puisqu’aux heures de pointe, il me fallait pratiquement 1 heure pour remonter à la maison – donc impossible de faire des allées et venues dans ces conditions. C’est comme ça qu’on a pris l’habitude de lire ensemble à haute voix pour combler ces heures quotidiennes d’attente. Je leur ai lu plein de choses : les Harry Potter, bien sûr, plusieurs fois, mais aussi Voyage au centre de la terre, Sans famille, Heidi, Le lion de Kessel, Les souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol, et pleins d’autres. Pour ma fille dyslexique, ça a eu du bon, finalement 🙂

  6. Ah Oui j’ai mangé bien des fois à l’institut car je ne pouvais pas rentrer le midi.C’est marrant à Casa j’ai beaucoup déprimé et je me suis aussi tourné vers les livres et j’ai relu tous les Harry Potter, je sais pas pourquoi ça me faisait du bien de lire ça.Les livres sont souvent des remèdes!peut être que l’on s’est croisé j’y étais de septembre 2005 à juin 2007.C’est bien de lire Jules Verne à ses enfants,mes filles n’ont pas accroché ni sans famille alors que moi j’ai adoré et je me souviens avoir pleuré comme une madeleine!

    1. C’est drôle, on est arrivés à Casa en juillet 2007 !!! On s’est vraiment croisées !
      Harry Potter, je ne sais pas pourquoi, mais ça m’a vraiment soutenu, cette série. Peut-être le découpage en années scolaires à une époque où je ne rêvais que de mes vacances d’été, véritable bouffée d’oxygène dans mes années sombres. Et le fait de voir l’intrigue monter en puissance, de voir les personnages lutter contre l’adversité, avant que tout ne se démêle « comme par magie » à la fin. Ça me faisait du bien de lire les combats de ces personnages attachants.
      Jules Verne, j’avoue que c’était un peu ardu. Ils en gardent un vague souvenir. Mais Sans famille, ils avaient adoré (et c’est moi qui pleure d’habitude, quand on lit ensemble !!!).
      Belle soirée de vacances, Clarisse 🙂

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