Compromis

J’y suis allée en traînant les pieds, comme toujours. Comme chaque année depuis que les choses sont censées se dérouler là-bas, dans cette maison dont les us immuables dépassent de beaucoup mes capacités d’adaptation ; sans parler des habitudes culinaires.

J’y suis allée en songeant avec nostalgie à ces fêtes anciennes qui se passaient chez moi, dans ma propre maison, dans une ambiance détendue et bon enfant, sans stress ni prises de bec, sans que j’ai à craindre d’être dépassée par les évènements, sans que je me sente une fois de plus sur le carreau au milieu d’un tourbillon dont je ne maîtrise pas les codes.

J’y suis allée la mort dans l’âme, sans plaisir, sans joie.

Je n’y peux rien, la viande, le gras, les seaux remplis d’abats, j’aime pas ça. Le bruit, l’agitation, les cris, le chaos, j’aime pas ça. Mais lui

Lui, je l’aime.

Dans son univers, mon absence serait une difficulté. Car si je ne m’embarrasse pas moi-même du poids d’une tradition qui n’est pas mienne, lui, il est bien obligé de faire avec.

Alors j’y suis allée. Pour lui. Pour toutes les années que nous avons au compteur ; pour le chemin parcouru ensemble et les efforts consentis ; pour la nature douce et conciliante que Dieu lui a donnée ; pour tous les cafés du matin, les petits gestes du quotidien ; et la sérénité que nous avons retrouvée.

J’y suis allée, moi, la « rebelle », l’intolérante à toute contrainte, et j’ai fait de mon mieux – un peu. Et je me suis isolée – beaucoup.

Il y a eu de beaux moments de partage et des heures plus ardues. Il y a eu des retrouvailles animées et des plages de solitude. Il y a eu de grands éclats de rire et derrière, des larmes cachées.

C’est dur de lutter contre soi-même.

Pour autant, je ne regrette pas de l’avoir fait…

Bonne fête !

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8 réflexions sur “Compromis

  1. Salam ! Difficile autant de sentiments ambivalents en période de fête… C’est une grande bénédiction d’être bien dans son couple au quotidien. Est-ce un compromis pour mieux progresser ? Il faut bien faire face aux épreuves de la vie sinon ce ne serait pas la vie, bon courage ma soeur, je te comprends, que Dieu te facilite et t’apaise. Bises

    1. Salam Dija ! Comme tu le dis, l’entente dans le couple – et au sein du foyer, par extension – est une grande bénédiction. Je pense qu’après la foi, c’est ce qu’on peut recevoir de plus précieux dans ce monde, alors il faut en prendre soin. Ça vaut bien quelques efforts de temps en temps. Bises à toi et ta petite famille 🙂

  2. Salam alikoum! J’aime beaucoup ta façon d’écrire. Et je comprend complètement ce dont tu parles, il est toujours difficile de s’intégrer dans une famille surtout si on ne partage la même visons des choses.. Ou simplement la façon de vivre. Bref en tout cas je te souhaite bon courage, et que tu sois récompensée pour tes efforts 😉

    1. Merci Doudou de ton passage ici !
      D’une façon générale, ça se passe plutôt bien, mais l’aïd, ça, c’est vraiment au-delà de ce que je peux supporter – en tout cas de la façon dont elle se passe en l’occurrence. Heureusement, c’est juste une fois par an !!! 😉

  3. J’aurais pu écrire la même chose…j’y suis allée aussi et finalement c’était pas si mal même si ,comme toi, je me suis sentie parfois dépassée au point de m’isoler…certaines années je n’ai pas fait l’effort d’y aller.C’est la fête musulmane que j’ai le plus de mal à m’approprier.Tu as su trouver les mots pour exprimer cette ambivalence que peut parfois générer cette fête.

    1. C’est ce que je me dis à chaque fois, Clarisse. Que ce sera quand même sympa de voir tout le monde, qu’on aura des bons moments. Et c’est le cas, en réalité. Il y a vraiment de chouettes moments de retrouvailles, mis à part le chaos qui règne et le dégoût que je peux avoir pour toute cette viande, ce gras, ces odeurs qui vous prennent à la gorge… Sans parler du sentiment de culpabilité de ne pas être à la hauteur, de ne pas pouvoir faire ce qu’on attend de moi – même si on ne me demande rien… C’est vraiment pas simple.

  4. De tes compromis sont parfois nécessaires même si cela implique de faire l’impasse sur sa nature profonde le temps quelques heures Marie. C’est douloureux aussi mais le bonheur que ça procure à l’autre a le pouvoir d’apaiser les tensions qui nous habitent.

    1. Faire l’impasse sur ma nature profonde, Marie, c’est vraiment ça. C’est un gros effort sur moi-même. Mais au-delà de l’effort, il y a quelque chose de très important à préserver. Ça vaut le coup.
      Bises

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