Mon projet d’écriture – génèse et paradoxes

Au début, c’était une vague idée. Une idée qui me faisait du bien ; l’envie très ancienne de tenir entre mes mains le fruit de ma plume en format de poche, de le feuilleter, de respirer l’odeur de son papier…

Des nouvelles, pourquoi pas ? Juste un recueil. Ou deux, à la limite. Quelques tranches de vie croquées par-ci, par-là. J’en suis peut-être capable ? Je sais bien que je ne suis pas une tisseuse d’histoires, que je n’ai pas ce talent qu’ont certains de dérouler des trames complexes et de faire couler l’encre à flots. Je n’écrirai jamais de roman fleuve, je le sais. Moi, ce que j’aime, c’est saisir l’instant, capturer des images qui à mes yeux, l’espace d’une seconde, font sens. Photographier avec des mots. C’est ça que je veux faire.

J’ai laissé mon idée flotter au gré du vent…

Et puis, avec le départ de mes deux grands fils, j’ai trouvé que le moment était idéal pour m’atteler sérieusement à la tâche et faire évoluer mon idée vers quelque chose de plus concret. D’une part, nous sommes moins nombreux à la maison et j’ai plus de temps pour moi. D’autre part, je suis bien consciente de tourner une page dans ma vie de maman et je sais qu’il est vital pour moi de m’investir dans de nouveaux projets pour passer ce cap sans trop d’encombres.

Dans le même temps, je traverse une période de ma vie très solitaire depuis quelques années, vivant presque en ermite loin de tous ceux qui comptent en dehors de ma petite tribu. Cette solitude ne m’est pas désagréable, pour tout dire. Je pense qu’elle est peut-être un passage obligé dans mon existence, qu’elle a quelque chose à m’apprendre. J’aimerais la mettre à profit. J’aimerais qu’il en sorte quelque chose de beau. Et ça, c’est maintenant ou jamais, car qui sait combien de temps encore elle durera ?

Première étape : essayer de définir plus clairement ce que j’ai envie de faire ; trouver un fil conducteur qui assurera la cohérence du futur recueil. D’un côté, il y a les textes que j’ai déjà ; les textes achevés et tous ceux que j’ai à peine commencés, les ébauches, les débuts d’idée notés à droite à gauche. De l’autre, il y a ce que j’ai envie de dire, le message que j’ai envie de faire de passer, ce que j’ai appris de la vie et que je voudrais partager, et là… Je me retrouve face à un drôle de paradoxe.

Je me suis rendue compte qu’il y avait un décalage total entre mes textes, qui ont souvent tendance à aller remuer des choses sombres et douloureuses, et l’espèce d’alien que je suis dans la vie : très optimiste, très légère, tournant tout en dérision et s’efforçant toujours de voir les choses du beau côté. J’ai toujours besoin de trouver un peu de lumière là où on me dit que tout est noir. Et si je vois quelqu’un se retrouver soudain face à un mûr, il faut absolument que je lui ouvre mille portes possibles. Je ne peux pas m’en empêcher !

Je déteste voir les gens se fermer eux-mêmes des portes qu’ils pourraient laisser entrouvertes. Je déteste entendre quelqu’un dire : « j’ai toujours eu envie d’apprendre le chinois, mais c’est trop tard maintenant, à l’âge que j’ai… » Pourquoi trop tard ??? Mais non ! Vas-y ! Vas t’inscrire à un cours de chinois ! Qu’est-ce qui t’en empêche ?!… Je ne supporte pas qu’on me dise qu’il n’y a pas de solution, qu’il n’y a plus d’espoir. Pour moi, il y a toujours quelque chose à faire, si pas pour régler le problème, au moins pour l’aménager au mieux. Même les impasses peuvent être fleuries – c’est ça que j’ai envie de dire.

Cependant, mes textes ne disent pas ça. Du moins, je ne crois pas. Je me fais parfois l’impression d’être un horrible vautour qui s’obstine à remuer de la charogne ! J’aimerais pouvoir écrire des choses plus légères, plus pétillantes, des petites choses sucrées qui vous mettent du baume au cœur. Mais ce n’est pas ça qui me vient quand je prends la plume…

En y réfléchissant ces derniers jours, j’en suis venue à la conclusion que c’était ma façon d’extérioriser toutes ces choses que je vois et qui me heurtent, toutes ces larmes que je voudrais verser sur la souffrance, l’injustice, la barbarie, la bêtise… J’ai beau être une douce rêveuse un peu à l’ouest sur son nuage, je n’en suis pas moins lucide pour autant sur le monde qui m’entoure. C’est même tout le contraire. Je pense être extrêmement lucide – et beaucoup trop sensible. Je pense que c’est justement parce que je suis à la fois lucide et sensible que j’ai ce besoin impérieux de toujours trouver du positif dans toute situation. Sans quoi je ne pourrais pas vivre. Sans quoi je pleurerais nuit et jour sur la noirceur du monde. Je fais plutôt le choix d’y voir ce qui est bon et beau – tout en sachant pertinemment ce qu’il en est. Pour moi, ce n’est pas de la naïveté. C’est un choix. C’est le choix que je fais pour me prémunir d’une tristesse qui est inévitable.

Une tristesse latente qui doit bien trouver un espace où s’exprimer. Et visiblement, bien malgré moi, c’est dans mon écriture qu’elle le fait.

Voilà où j’en suis de mes réflexions, mes chères amies lectrices. Pour le moment, j’ai établi une liste de récits susceptibles de s’inscrire dans la ligne que je souhaite donner à mon futur recueil, si je le boucle un jour. Tous des récits originaux dont certains sont déjà partiellement écrits et d’autres encore à l’état d’ébauche. Tout est encore à faire, donc ! Reste à savoir si je parviendrai à contourner ma tendance à la noirceur pour mettre en avant cette part d’espoir et d’optimisme qui m’anime et qu’il me brûle de partager.

Écrire

Encore une petite chose que je voulais vous dire. Après avoir longtemps hésité, j’ai fini par soumettre deux de mes textes que vous connaissez déjà (Savoir se taire et Avancer malgré tout) pour le Concours du court du site Short édition. J’aurais aimé proposer des textes originaux à la place mais tout compte fait, je préfère ne pas trop me disperser et me concentrer plutôt sur mon projet de recueil. Alors en attendant, pourquoi ne pas offrir un second souffle à des textes déjà existants en les propulsant dans un nouveau cercle de lecteurs. Nous verrons bien. Je devrais avoir une réponse d’ici quelques semaines.

Voilà, voilà… Si vous êtes arrivées jusqu’ici, amies lectrices, jusqu’au bout de mes divagations du jour, je tiens à vous dire MERCI ! 🙂

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6 réflexions sur “Mon projet d’écriture – génèse et paradoxes

  1. Merci de partager le fruit de ta réflexion avec nous Marie. Comme toi je trouve parfois mes textes un peu noirs comparé à la vision que j’ai de la vie.
    Mais peut-être qu’il faut aller au plus profond de la souffrance pour faire jaillir la lumière. Tes textes m’inspirent. Ils n’ont pas besoin d’être joyeux pour que le message passe.
    J’espère pouvoir tenir un jour un de tes livres entre les mains. C’est un beau projet que je soutiens entièrement.
    Longue vie à tes mots…

    1. Merci Marie, ma fidèle supportrice. Tes mots me rassurent. Peut-être effectivement qu’il faut toucher à ce qui fait mal pour pouvoir en dégager quelque chose de beau. Ou pour pouvoir pointer du doigt une situation qui contraste avec notre vision positive. Dans mon recueil, malgré une tonalité que j’espère positive, je prévois certains textes très sombres parce que j’ai envie de parler de ces gens qui s’interdisent d’être heureux. Ces gens qui voient tout en noir et ne s’autorisent jamais la moindre solution. C’est quelque chose qui me dépasse totalement et qui m’attriste beaucoup. Tout le défi sera de garder un équilibre entre ceux-là et les autres, ceux pour qui tout est toujours possible. L’idée se précise. Maintenant, y a plus qu’à !
      Je guette aussi la sortie de tes livres, Marie. Je ne manquerais ce rendez-vous pour rien au monde !
      J’ai vu que tu avais publié deux nouveaux textes sur Short édition. Je n’ai pas encore eu le temps d’aller te lire. j’y vais de ce pas…
      Bises

  2. Salam Marie,
    C’est comme pour les chansons et musiques, celles que je trouve les plus belles et les plus émouvantes sont les plus tristes… et pourtant je ne suis pas du genre à broyer du noir. Et aussi en littérature, je pense par exemple à « ta Provence » et Manon des sources…
    De quoi philosopher sur le sens de l’art, de la beauté mêlée à la souffrance, certainement que tout cela nous touche au plus profond de notre être 😉
    Que Dieu t’accompagne et t’accorde le succès dans ce beau projet !

    1. Merci Dija pour ton soutien. C’est vrai que les plus belles chansons sont celles qui nous émeuvent et que les meilleurs romans, ou films d’ailleurs, à mon avis, sont ceux qui nous laissent une petite frustration à la fin. Mais j’aime aussi les « happy end » parce qu’ils mettent du baume au cœur. Peut-être qu’il faut trouver le bon équilibre entre les deux. Tout un programme, n’est-ce pas ?!

  3. super !! je me vois déjà avec ton recueil entre les mains figure-toi !!! Pour moi tes textes, ceux qui m’ont marqué, ne sont pas noirs, c’est vrai qu’ils décrivent des situations tristes, mais ils sont empreints d’humanité, de questionnements, de révolte, de doigts pointés sur des situations banales qu’on ne devrait jamais trouver normal. J’aime cette façon toute simple de décrire le quotidien. C’est une façon de dire non, de bousculer les choses, tout en douceur, rien que par la force de l’exemple. Pour moi c’est une grande force de caractère et tu le sais déjà (mais je le redis ici !) : j’adore te lire. Bonne continuation dans ce projet ma très chère Marie !

    1. Petite Yaye ! Quelle joie de te lire !
      Merci beaucoup, beaucoup pour tes mots d’encouragement qui m’aident à y voir plus clair. Tout ce que tu dis me touche d’autant plus que c’est exactement ce que je souhaite faire. « Bousculer les choses, tout en douceur »… Merci 🙂

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