L’éloge de ma paresse

J’ai été autrefois cette femme qui n’arrête jamais ; celle qui n’a pas une seconde à elle, qui est toujours en mouvement. Celle à qui l’on demande comment elle fait pour tenir le coup.

J’ai été cette étudiante qui courait chaque soir retrouver son enfant après sa journée de cours ; qui assurait le bain, l’allaitement, le ménage, avant de replonger dans ses livres une fois le monde endormi.

J’ai été cette jeune diplômée, épuisée mais ravie, qui est allée chercher ses certificats en tenant par la main son petit garçon, et en arborant fièrement son ventre bien rond.

J’ai été cette mère qui ne dormait plus, qui se levait chaque nuit de si nombreuses fois, qui se voyait au bord du gouffre sans que personne ne le voie. Être mère au foyer, c’est pas la mer à boire. Pourtant, j’ai failli m’y noyer.

J’ai été cette patiente que l’on renvoie chez elle, avec ses douleurs et ses inquiétudes. Les examens ne mentent pas, vous n’avez rien du tout. Il faudrait seulement voir à vous détendre un peu.

J’ai été cette douleur, sourde, persistante, omniprésente, invalidante – que personne n’entendait ; cette douleur tue et mise de côté, pour continuer.

J’ai été cette ombre à bout de souffle au moindre escalier ; cette loque en pleurs à l’idée de devoir ramasser encore et encore, alors que c’est si dur – ne peuvent-ils pas comprendre ? – leurs chaussettes abandonnées.

J’ai été cette super-maman aux journées minutées, à l’organisation rigoureuse pour ne pas sombrer ; celle qui enchaînait les taches soirée après soirée, qui veillait à ce que tout soit parfait, à ce qu’il ne manque rien ; celle qui ne ratait jamais une réunion de parents.

J’ai été cette femme qui s’est mise entre parenthèses pendant plusieurs années, parce qu’il le fallait bien, parce qu’elle n’avait pas le choix ; parce que c’était le seul moyen de garder la tête hors de l’eau.

J’ai été ce petit soldat qui se murmurait en son for intérieur je ne dois rien vouloir, je ne dois rien vouloir… Désirer, c’est s’arrêter. Et s’arrêter, c’est tomber. Ou peut-être succomber.

J’ai été aussi cette aventurière qui, sur un coup de tête, par un beau matin, a fini par brûler ses torchons et son tablier sur l’autel de la productivité. Travailler, enfin ! Réveiller mes neurones et respirer à nouveau. Partir de zéro, avec courage. Se mettre à jour. Apprendre. Progresser. Que de défis surmontés !

*****

Toi qui me juges aujourd’hui sur ce que tu entrevois de moi, qui me crois paresseuse, qui trouves que je m’écoute un peu trop, tu ignores tout des tempêtes que j’ai traversées dans mes vies passées.

Je suis fatiguée, vois-tu ? Usée par les années. Et même si je vais mieux, si tout semble plus facile, je n’ai plus, aujourd’hui, la force de me forcer.

Que les autres le comprennent ou que ça fasse jaser, le temps est venu pour moi de prendre du temps pour moi !

 

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12 réflexions sur “L’éloge de ma paresse

  1. Jusqu’à la phrase ‘qui ne dormait plus’ je me reconnais … j’espère que la suite sera différente par-contre. A chacun ses tempêtes. Mashallah je vois tout le courage qu’il vous a fallu pour surmonter ces vies passées. Et je suis bien contente que vous preniez le temps maintenant. Pour écrire, pour photographier, pour partager … trainasser et rêver. Cela fait du bien parfois de se le permettre.

    1. Rôôô, tu me vouvoies ! J’ai l’air si vieille que ça ?! hhh
      Je te rassure, Estelle, il y a eu de bons moments aussi et si c’était à refaire, je ne changerais rien ! Je trouve que comparativement à ce que d’autres peuvent vivre, c’est plutôt soft et je n’ai vraiment pas à me plaindre, mais c’est vrai que j’ai connu des moments de réel épuisement. En fait, c’était juste un petit rappel, peut-être plus pour moi-même, de ce que j’avais traversé. J’ai tendance à culpabiliser quand je me la coule douce ou que je me sens fatiguée. J’oublie parfois qu’il y a de quoi l’être ! Il n’est pas si loin, le temps où je courais tout le temps sans avoir de répit !

      1. Asalamu alaikum Habeebti Marie, pardon pour le vouvoiement. Parfois, je ne sais plus quoi utiliser (en général) … lol. Qu’Allah te facilite la suite de tes aventures alors 🙂

      1. Je parlais du courage d’être paresseuse 😉 parce que les autres ne se rendent pas compte mais quand on vit ce que tu a vécu ( et je suis encore en plein dedans!) il faut du courage pour dire stop !

  2. C’est un très bel article sur toi-même.
    Il rappelle l’essentiel : ne jamais juger. On ne sait pas ce qui a pu se passer avant pour mener une personne à ce qu’elle est et à ce qu’elle a fait pour en arriver là où elle est désormais.
    Quelle vie bien remplie ! J’admire.

    1. En fait, je me rends compte que cet article est plus un rappel pour moi-même. Je me juge parfois assez durement, je culpabilise de mon manque d’énergie ou d’efforts pour certaines choses/taches, alors qu’en réalité, quand je regarde en arrière, le répit que j’ai aujourd’hui est très récent et j’ai toutes les raisons de vouloir me poser – enfin !

  3. Ton texte m’a beaucoup touchée et émue Marie. Je me suis retrouvée dans quelques lignes, quelques états d’esprit. Je trouve ton chemin lumineux même si je ne doute pas qu’à certains moments il a dû être passablement gris et douloureux. Tu es une battante et une passionnée Marie. Bravo et merci pour ce partage. Tu nous inspires chaque jour et rien que pour cela je t’en suis reconnaissante. Sois toi et sois heureuse!

    1. Merci pour ce doux commentaire Marie ❤
      C'est drôle, les mots que tu emploies pour décrire mon parcours (gris et douloureux), je les associe plutôt à ma période casablancaise que je n'évoque pas ici, à part peut-être pour les douleurs chroniques inexpliquées. Mais tout le reste correspond à une période de ma vie que je considère comme lumineuse malgré les difficultés physiques !!! J'ai adoré "poupounner" mes petits, même si physiquement, j'ai dû aller puiser mes ultimes ressources pour le faire ! Au fond, je pense qu'on fait les choix qui correspondent à ce que l'on est. J'avais besoin de toute cette intensité et de cette vie à 100 à l'heure, parce que je suis effectivement quelqu'un de passionné. A chaque fois que le rythme se calmait un peu, il me fallait un nouveau défi !!! Aucun regret, juste me rappeler à moi-même d'être un peu indulgente vis à vis de mes périodes "down". J'ai pas à avoir honte d'être moins dynamique à certains moments, y a de quoi !!! Parfois, je l'oublie.

  4. Oh la la…je me reconnais dans ton texte…la période où les enfants sont petits et on se demande comment on va tenir…et malgré tout on tient et on y prend goût car se sont nos bébés…et on aime s’en occuper.Ma période Casablancaise a étè assez douloureuse aussi…dur du cette ville…elle m’a anéantis et quand j’y retourne c’est toujours avec une petite appréhension..C’est vrai qu’il faut aussi savoir prendre soin de soi et prendre son temps…au risque de passer pour une paresseuse.Aller profite bien et photographie le monde avec ton œil poétique et artistique👍🏻😜…biz de Meknes où l’on prend(trop?) son temps mais où tout fini par arriver….

Petits mots et longs discours, c'est par ici...

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