Ma drogue éphémère

Depuis plusieurs jours, je vous vois toutes presser le pas pour arriver à l’heure aux apéros cosmiques d’Aileza, et toute cette agitation m’a donné envie de vous suivre… De pousser doucement cette porte entrouverte pour venir m’attabler avec vous. Je peux ?

Pour moi, ce sera juste un café… Ce n’est peut-être pas très « cosmique » comme boisson, mais que voulez-vous ? Il me faut ma dose !

Ça aurait pu être ça, ma drogue dure : le café. Mon essentiel, ma motivation pour quitter le confort de mon lit chaque matin, mon réconfort après la pluie. À dix-sept ans, je le décrivais déjà comme le « précieux liquide noir dont dépend ma santé mentale ». Je suis bien obligée de le reconnaître, malgré ma réputation de fille sage et clean, j’ai toujours été une accro sévère !

Mais – je peux vous le dire aujourd’hui – il n’y a pas que le café. Ce que je m’apprête à vous révéler ici est un secret honteux, une chose dont il vaut mieux ne pas parler en société, au risque de passer définitivement pour une cinglée.

Il y a une autre addiction qui a bien failli me mener à ma perte. Une drogue dangereuse, qui aurait pu avoir ma peau si je n’étais pas parvenue à me sevrer avant qu’il ne soit trop tard.

Il m’en a fallu de la volonté, si vous saviez ! Maintes fois, j’ai cru replonger.

Pendant des années, j’ai vécu dans la peur de ne pas savoir me maîtriser, de me laisser aller, une fois, rien qu’une fois, à une toute dernière dose.

Mais j’ai tenu bon. Il le fallait. Je ne pouvais pas continuer. Mon corps n’en pouvait plus. Il m’a suppliée d’arrêter. Car ma dépendance, voyez-vous, a de très graves conséquences sur le long terme. À chaque dose, on en prend pour vingt ans.

À chaque dose, c’est toute la vie qui est chamboulée. C’est le corps qui trinque, l’humeur qui change. Sans parler de l’appétit. À chaque dose, on sait qu’on ne dormira plus pendant des années.

Pourtant cette drogue est inoffensive, en apparence. Elle n’est même pas visible. À peine perceptible. Je ne suis même pas sûre que d’autres que moi la remarquent. Si ça se trouve, je suis la seule à la sentir !

Vous l’avez deviné, ma drogue à moi est une odeur…

C’est une odeur rare. Une odeur qu’on ne peut respirer qu’en un nombre restreint d’occasions dans une vie ; profonde, délicate, éphémère, précieuse…

C’est l’odeur des nouveau-nés !

Vous savez, cette odeur à la fois suave et un peu animale qu’ils ont sur eux les tous premiers jours, et qui s’estompe si vite, si vite…

C’est sur la tête qu’elle est la plus marquée. Je frôle les cheveux encore tous doux et tous fins de mes narines avides, la peau duveteuse du front, les toutes petites oreilles. J’inspire profondément. L’odeur s’insinue en moi et va exploser violemment, quelque part du côté du cœur, en millions de petites bulles de douceur.

Elle réveille la louve qui est en moi. Elle réveille mes instincts les plus primitifs. Elle fait naître au creux de mon ventre le désir brûlant de porter la vie à nouveau, de donner le jour encore une fois, de connaître encore ce déferlement d’émotion qui est plus fort que tout…

C’est dangereux. Je vous l’avais dit.

Le jour où j’y ai goûté pour la première fois, j’ai su que j’allais avoir beaucoup de mal à m’en passer à l’avenir. Alors j’ai remis ça, une deuxième fois, puis une troisième, puis une quatrième. À ce stade, on frôlait l’overdose. Il était temps que je me soigne.

Mais si un jour, je viens vous rendre visite à la maternité, il ne faudra pas vous étonner de me voir « sniffer » votre bambin… Je ne suis pas totalement guérie !

(Rassurez-moi : dites-moi que je ne suis pas la seule cinglée qui sniffe les bébés !!!)

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11 réflexions sur “Ma drogue éphémère

    1. Ça me rassure ! Je me fais parfois l’impression de me « shooter » aux odeurs et ça fait beaucoup rire mes enfants!
      Ils ne se doutent pas que je me suis shootée à la leur !!! hhh
      Belle semaine

  1. Mais non tu n’es pas seule !!! J’adore cette odeur également 🙂
    Tu la décris tellement bien, on sent l’addict qui sommeille en toi.
    Un grand merci pour ta participation, c’est toujours un plaisir de te lire 😉

  2. Mes filles ont 9 ans et je vais souvent le samedi me glisser dans le lit d’une ou de l autre pour les sniffer à la recherche de cette odeur. Et parfois je la retrouve encore… bref c’est plus facile d arrêter le café je crois. Bonne journée à toi

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