Mon album de senteurs #2 – Viennoiseries

Mon album de senteurs, c’est le rendez-vous mensuel que je vous propose autour des odeurs et des souvenirs (pour les modalités du rendez-vous, c’est ici).

Ce mois-ci, vous avez été trois à vous être laissées tenter par le parfum des viennoiseries.

Merci beaucoup à :

L’atmosphérique Marie

Fleur de flocons

pour leurs participations appétissantes.

Ainsi qu’à Stéphanie, qui a 40 ans, pour sa participation in extremis et fort bienvenue 😉

SavedPicture-201718154749.jpg

Je me rends compte que le thème n’était pas si facile que ça à traiter, finalement.

En ce qui me concerne, le mot « viennoiserie » ne fait pas du tout partie du vocabulaire de mon enfance et ne m’évoque donc rien de bien ancien. À vrai dire, il me fait plutôt penser à des produits industriels informes recouverts d’une espèce de gelée sucrée qui collera forcément aux doigts et dont l’odeur aigrelette ne met pas vraiment en appétit…

C’est malheureux, ce mot ne m’inspire pas du tout ! Il va falloir le dépasser pour aller rechercher celle de ces préparations qui a toujours eu ma préférence…

Son souvenir me renvoie inévitablement à ma vie en France. Aux tous premiers moments que j’y ai passés, enfant, comme aux tous derniers, juste avant de regagner ma Belgique natale pour y faire mes études – et ne plus revenir.

Son souvenir me renvoie à ce camping presque sauvage, perdu dans la colline, où j’ai vécu mes premières aventures provençales « en touriste », sans me douter que cette terre allait bientôt devenir la mienne. C’est certainement là que j’en ai mangé pour la première fois, la peau rougie par le soleil, assise sur une chaise pliante sous un ciel de pin résonnant du chant des cigales ;

Je repense aux petits déjeuners du dimanche auxquels ils ont apporté pendant des années un petit air de fête. Papa allait les chercher au village, avec le pain. On sautait sur place en battant des mains lorsqu’on le voyait descendre de la voiture avec, en plus des baguettes et des « restaurants », un petit sachet en papier marron d’où s’échappait une odeur à tomber par terre ;

Et puis je me souviens de ces matins de juin où je traversais la ville encore endormie, mes livres sous le bras, non pas pour aller à l’école – j’en venais ! – mais pour aller m’installer à l’une des tables de chez Pierrot, notre Laurette à nous, y réviser mon bac.

C’est là que j’allais passer la journée, un œil concentré sur mes cours, l’autre s’attardant sur les passants pressés de la rue piétonne. Au fil des heures, les uns et les autres passeraient, certains en coup de vent, d’autres plus longtemps. Les conversations iraient bon train, les craintes et les conseils seraient partagés, les connaissances seraient récapitulées, les exercices refaits. Les « forts en thème » feraient bosser les cancres, les « sûrs d’eux » rassureraient les « pleins de doutes », tandis que sur un coin de la table, les tasses vides finiraient par s’empiler dangereusement.

Et puis le soir viendrait et je rentrerais sagement, l’air de rien, dans un internat déserté par les autres terminales. J’y retrouverais ma sœur et les internes plus jeunes. Et je serais là à l’heure, ni vu ni connu, pour le quart d’heure de prière avec la sœur Anna-Joseph – « Anna-Jo » pour les intimes…

J’ai gardé de cette période une prédilection pour le matin. Pour ce moment un peu magique où tout semble en suspens, où le monde marche au ralenti, où la journée est encore une page blanche à écrire.

Les rues sont vides. Les devantures fermées, les vitrines grillagées.

Chez pierrot, il y a encore quelques chaises retournées sur les tables. Le serveur est en train d’installer la terrasse. Les commerçants du quartier sirotent silencieusement un « petit noir » ou une « noisette », accoudés au comptoir.

C’est là qu’ils sont. Sur la surface lisse et luisante, entre le sucrier boule et le journal du matin.

Trônant fièrement dans leur panier en osier, ils emplissent l’air ambiant de leur parfum riche et généreux : des croissants au beurre.

De ceux qu’on ne trouve plus aujourd’hui – ou alors dites-moi où ? (…N’en quel pays ?!)

Des croissants dorés à la pâte dense, jaune comme les blés, à peine sucrée – juste ce qu’il faut.

Je commence toujours par les pointes, craquantes. Je détache ensuite les différentes parties que je savoure lentement, très lentement, par toutes petites bouchées, m’efforçant de retarder le plus possible le moment où j’avalerai la dernière.

Ces croissants-là ont le goût d’un début de journée prometteur. Ils annoncent de jolis moments d’amitié, le nez dans nos fiches, la tête pleine de rêves de départ.

Ces croissants-là ont déjà un goût de nostalgie.

Ce sont mes derniers instants de France. Ce sont mes derniers instants de Côte d’Azur. Demain, je passe le bac…

L’adolescence touche à sa fin. Jamais plus mes croissants n’auront le même goût…

petit-dejeuner-tasse-de-cafe-croissant-cafe-en-grains-morceaux-de-sucre-201465

*****

Pour le thème suivant, Fleur de flocons nous propose de parler des boissons chaudes ou froides. J’ai donc choisi de traiter plus précisément (et sans surprise !)

LE CAFÉ

Vaste sujet, n’est-ce pas ? Si vous êtes comme moi, ce délicieux liquide noir vous accompagne peut-être dès les premières lueurs du jour, ponctue vos journées de multiples manières, vous réchauffe quand vous avez froid, vous console quand vous avez le blues, vous aide à remettre vos idées en place quand c’est le brouillard là-haut… Bref, il est omniprésent.

Du coup, je crois qu’il va être difficile d’isoler un souvenir précis, un instant marquant, une scène d’autrefois où nos narines ont frémi comme jamais au-dessus d’un moka ou d’un arabica. Difficile, mais pas impossible !

J’ai hâte de boire vos souvenirs fumants…

*****

Et en attendant, je vous propose, pour les thèmes suivants, de procéder différemment, de manière à ce que tout le monde puisse participer au choix du thème, y compris celles et ceux qui manquent de temps/envie/inspiration pour écrire un billet.

Je vous donne 4 sujets, vous cochez celui qui vous parle le plus (sans obligation de participer ensuite). Le thème qui aura eu le plus de votes sera retenu pour le mois suivant. Les autres thèmes pourront être reproposés s’ils ont eu du succès malgré tout, et vous pouvez toujours en suggérer de nouveaux en commentaire pour la suite.

Alors…

Publicités

14 réflexions sur “Mon album de senteurs #2 – Viennoiseries

  1. Effectivement, c’est pas toujours évident de traiter le thème proposer, je pense que nous nous en sommes bien sortie, les boissons chaudes étaient sans doute trop évasif ? Les prochains sujets sont intéressants chacuns à leur manière.

    1. Non, pas évident du tout et je crois que c’est encore plus difficile quand il s’agit en même temps d’un goût. Les deux sensations sont tellement proches qu’il est difficile de traiter l’une sans aborder l’autre, au risque peut-être de se concentrer sur le goût et d’oublier l’odeur (comme je l’ai fait ici, je crois!). C’est ce qui m’a fait beaucoup hésiter pour le thème que tu as proposé et c’est pour ça que j’ai préféré choisir une boisson précise avec une odeur très prononcée qu’on peut traiter indépendamment du goût.

  2. Marie, tu m’as fait voyager d’une bien jolie façon, dans le temps, dans l’espace. Merci pour cette pause sucrée, peuplée d’images et de douceur. Parfois, j’aimerais revenir en arrière, juste le temps de me souvenir de la saveur de ces instants si particuliers…
    Le café, bonne idée, même si je ne suis pas amatrice. J’ai des souvenirs en rayon!
    Je t’embrasse et te souhaite une douce fin de semaine.

Petits mots et longs discours, c'est par ici...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s