Entre ombre et lumière

Quand le deuil et la dépression se heurtent au diktat du bonheur…

Et la lumière au bout

Prendre soin de soi. S’écouter. S’accorder du temps. S’accorder du répit. Se faire plaisir. Se chouchouter. Se concocter des petits moments à soi, dans sa bulle, à l’écart du monde. Faire le vide. Recharger ses batteries. Se ressourcer…

Essayer de ne pas se laisser abattre. De se motiver. De se reprendre en main. Multiplier les bonnes résolutions, les tentatives. Chercher de nouvelles idées. De nouveaux projets où investir une énergie qu’on peine à trouver, où se jeter à corps perdu pour se retrouver.

Se mentir aussi. Se faire croire à soi-même qu’on va bien. Qu’on assure. Qu’on va y arriver toute seule. Qu’on a déjà remonté cette pente plusieurs fois, alors une fois de plus…

Batailler, lutter, jour après jour, contre cette douleur omniprésente qu’on connaît bien quand on a fait l’expérience de la dépression. Contre cette tristesse immense qui n’a aucun lieu pour se déverser, qu’on muselle à l’intérieur de soi, qu’on verrouille à double tour. Cette tristesse qu’il n’est pas de bon ton de partager.

Non, être triste, ça ne se fait pas. Parler de la mort, ça ne se fait pas. Évoquer le deuil et tout ce que ça réveille de douloureux, tout ce que ça remue au fond de nous qu’on croyait résolu, tout ce que ça bouleverse de notre équilibre déjà fragile, ça ne se fait pas. C’est incongru. On vous regarde de travers. On essaye de vous raisonner…

Pourtant, la peine est bien là. Et je me dis qu’elle n’est pas marginale, cette peine. Nous y sommes tous confrontés à un moment ou à un autre de notre vie. Comment font les autres ? Comment faites-vous ?

De nos jours, il est de bon ton d’être heureux, de rechercher activement son bien-être, de travailler à s’épanouir. Le développement personnel est à la mode. Il faudrait toujours planer sur un petit nuage, comme si la vie était toujours rose. Elle ne l’est pas, bien sûr. Il y a des moments plus sombres où on ne plane pas du tout. Et ces moments-là font partie intégrante de la vie.

Je les accepte. Je ne suis ni révoltée, ni désespérée. Je ne suis pas au fond du gouffre, comme j’ai pu l’être il y a quelques années pour de tout autre raisons. Je ne vois pas tout en noir, loin de là.

Je suis juste infiniment triste.

Et c’est peut-être normal, après tout, quand on a perdu quelqu’un/ « quelques uns » ? Même si c’est la vie et qu’on se préparait depuis toujours à cette éventualité, parce qu’elle était dans la logique des choses… Même s’ils étaient très très vieux…

C’est mon enfance que je pleure. Le temps passé qui ne reviendra jamais plus. Notre condition de pauvres mortels.

Je suis écrasée de tristesse. Même 8 et 10 mois après. C’est comme ça. Je n’ai pas à en avoir honte. Je n’ai pas besoin qu’on me console, ni qu’on m’explique pourquoi il n’y a pas lieu d’être triste.

Je suis triste, point. J’ai le droit de l’être.

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Comment faites-vous, vous ? Comment vivez-vous/avez-vous vécu le deuil d’un proche dans cette société qui ne laisse que peu de place à la tristesse ? Comment vivez-vous/avez-vous vécu le deuil d’un proche alors que vous étiez déjà plus ou moins vulnérable ?

Ou bien comment vivez-vous/avez-vous vécu l’expérience de la dépression dans ce monde qui ne veut surtout pas entendre que vous allez mal ?

Il m’a fallu du temps, mais j’ai fini par admettre l’idée de me faire aider. Et vous ?

 

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6 réflexions sur “Entre ombre et lumière

  1. Merci. Merci de partager ça avec nous, merci d’être sincère comme ça, et d’oser dévoiler cette part d’ombre que, c’est vrai, on ne veut pas/plus voir dans notre société.

    Le seul deuil que j’ai vécu est arrivé pour mes 10 ans. Mon grand-père.
    Alors « même 8, 10 mois après » … Moi, ça fait 15 ans. 15 années. Et je peux dire que je m’en suis remise, que je l’ai accepté, il y a 4 ou 5 ans seulement.
    Ca fait à peine un an, pour toi. C’est beaucoup trop tôt pour vivre en paix avec cette perte, à mon sens.

    Moi, cette perte m’a littéralement anéantie, alors que je n’étais pas fragile. Elle a cassé mon enfance, fermé le livre à tout jamais. Je crois que pendant des années, c’est aussi mon enfance chérie que j’ai pleuré, ce temps béni ou j’étais la plus heureuse au monde. C’est normal. J’ai pleuré tous les jours pendant 5 ans. J’étais triste comme la pierre. Malheureuse. Enfermée.

    Et je la pleurerais encore sans doute, quand d’autres me quitteront. Mais avec ces 15 années de recul, et la « sagesse » que je suis entrain d’acquérir en tant qu’adulte, j’essaie d’accepter la mort au quotidien. Facile à dire quand on n’a perdu personne encore. Et j’ose espérer que le prochain deuil, je le vivrais avec plus de sérénité, et de « joie ». Ca peut paraitre fou, mais je suis persuadée que c’est possible.

    Ton texte me bouleverse.

    La dépression, je ne l’ai pas connue encore, mais mon père la vit en ce moment. Et je suis désemparée face à son immense tristesse. Lui, il fait mon deuil. Il fait le deuil de ses deux filles, qui ont pris leur envol loin de lui. Je suis certaine qu’il se reconnaitrait profondément dans ce que tu partages.

    Tu as le droit d’être triste, tu n’as pas à faire semblant. J’imagine comme ça doit être difficile, de voir que ta tristesse touche tes proches, de ne pas réussir à remonter seule la pente, de te berner d’illusions pour ensuite lever le voile, encore et encore.

    Tu as accepté de te faire aider, et franchement, c’est un pas de géant. Je te félicite pour ça parce que moi, j’accepte de me faire aider maintenant, soit 15 ans après, pour régler cette souffrance là que je ne veux plus porter comme un fardeau.

    Je te souhaite de retrouver la paix, et le bonheur. Notre société nous pousse à l’épanouissement personnel. C’est une bonne chose parce que c’est important, mais ça devient mauvais quand ça commence à mettre la pression et quand ça rend les émotions plus noires tabou. Ca donne l’effet inverse et c’est fort dommage.

    Continue de partager tes sentiments, tes émotions. Des personnes sont là pour les recevoir, pour les partager, pleines de bienveillance et de compréhension. Ca te déculpabilisera, je crois …

    J’arrête là mon pavé.

    Mais, si tu ne l’as pas vu, regarde « Captain Fantastic ». Peut-être pas tout de suite … Il donne une superbe version du deuil. Il donne une alternative. Que j’essaierai d’appliquer la prochaine fois.

    Je t’envoie de belles pensées !

    1. Merci beaucoup pour ce très long commentaire (sans doute le plus long de toute l’histoire de ce blog, hhh!). Il mérite une réponse détaillée, je reviens dès que j’ai un moment pour m’y attarder un petit peu 🙂

  2. Salam alaykoum ma soeur.. Je crois que tu as raison, on vit tous des moments où l’on se sent accablé par la tristesse… Que Dieu t’apaise. J’espère que cette aide extérieur te fera le plus grand bien. La vie est difficile, il nous faut constamment revenir à l’essentiel, à Lui al hamduliLlah.. Faire le bien, faire au mieux en vue de Sa Miséricorde. Je pense bien à toi, bon courage 💕💕💕

  3. Tu as le droit. On ne peut pas effacer la vie d’une personne chère d’un battement de cil.C’est ce qui fait de nous des humains. Les amis sont là pour ça, la famille. Parler de ses souvenirs. Avec le talent que tu as les écrire ces souvenirs. Je me suis mise au yoga qui m’a aidé quand j’en ai eu besoin. je suis en ce moment en train de découvrir la sophrologie. Je n’ai pas de mode d’emplois mais je t’envois tout plein de tendresse et de bisous Marie.

  4. Marie, que c’est dur de faire le deuil dans une société comme la nôtre, qui ne parle que de bonheur, de lâcher prise. Sans arrêt. J’ai récemment lu un article qui disait que notre quête n’était pas une quête pour le bonheur, mais pour la joie. La joie dans tout. Mais le bonheur ce n’est pas ça, le bonheur c’est la vie aujourd’hui et maintenant avec ses moments doux et ses difficultés, avec ses joies et ses drames qu’il faut surmonter, avec ses rêves, ses angoisses et ses doutes, ses bas et ses hauts.

    Comment fait-on?

    Je crois que tu as les clés Marie. Déjà accepter cette tristesse. Perdre un / plusieurs êtres chers est difficile. Passer cela sous silence c’est négliger notre besoin de gérer ces pertes – chaque aurevoir est déroutant. Et nous avons beau savoir que c’est la fin pour tout un chacun, cela ne rend pas l’évènement plus facile à digérer.
    Tu as perdu des êtres proches. Et ta sensibilité fait que tu as besoin de temps pour « faire le deuil » de ces personnes que tu aimais tant.
    Puis se faire aider, accepter cette idée, ce n’est pas donné à tout le monde. Mais c’est essentiel, ça aide à avancer.

    J’ai perdu mon premier grand-père j’avais à peine 6 ans mais son départ m’a énormément marquée. J’ai mis des années à m’en remettre. Mon autre grand-père est décédé il y a quelques années, j’étais en Irlande – la même année ma meilleure amie a perdu son père d’une crise cardiaque, ma bulle a éclatée. J’ai mieux géré ce départ, j’ai profité de lui au maximum. Peu de temps après, mon filleul s’est envolé, il avait 20 ans, il était lourdement handicapé. En fait je crois que j’arrive mieux à gérer la mort que la séparation. Toutes ces personnes vivent en moi, avec moi, jour après jour. Mais pour gérer la séparation je me fais aider. J’en parle et j’écris.

    Quant à la dépression, j’ai vécu celle de ma mère. C’est dur. Un combat de tous les instants. Mais c’est peut-être dû au fait comme tu l’écris bien, que la société refuse de regarder le mal-être de ceux qui souffrent en face. Alors que ceux qui souffrent n’attendent qu’une chose, être regardés et entendus.

    Ce que l’on ressent ne doit jamais être pris à la légère.
    Je t’envoie mes plus tendres pensées Marie. Avec toute mon affection.

  5. Oui, tu a le droit d’être triste… Je me souviens toute jeune j’ai perdu mon arrière grand mère qui était très vielle mais qui m’avait en parti élevé et je ressentais ce décalage, je ne m’autorisais pas cette tristesse car c’était  » normal » de mourir à son âge et finalement je suis tombée malade. J’ai pour l’instant éviter la dépression mais j’ai vécu avec celle de ma mère pendant toute mon adolescence. Désorientée apeurée, quelque chose c’est ancrée en moi :  » moi ça jamais ! « , une force et peut-etre aussi une lutte inadaptée… jusqu’alors ma vie, mes engagements, mes luttes ont tous été en lien avec cette phrase. j’ai l’impression parfois que c’est le sens de mon existence : ne pas faire de dépression. A tort ou à raison, je ne sais pas…j’ai fait beaucoup de travail sur moi, seul et en groupe et peu à peu la peur s’estompe. Mais je suis dans un autre moment de ma vie que je vis mal et tristement : le départ de mon fils à 18 ans de la maison pour faire ses études ailleurs. Et là c’est pareil, tant de bonnes mamans qui te disent que c’est normal, que tu dois le laisser partir, que c’est la vie…Oui, c’est vrai tout ça intellectuellement je le partage mais je suis triste, c’est un déchirement et c’est comme ça, j’essaye d’accepter en vain et je vais peut-être me faire aider car je trouve que ça dure un peu trop
    l’affaire ! Et c’est vrai que j’ai tendance à m’agacer sur cette dictature du bonheur qu’on nous sert à toutes les sauces…

Petits mots et longs discours, c'est par ici...

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