Mon album de senteurs #3 – le café

Mon album de senteurs, c’est le rendez-vous mensuel que je vous propose autour des odeurs et des souvenirs. Le thème olfactif de ce mois-ci était le café. Vaste sujet, s’il en est !

Miss P’Elle Mêle nous a rappelé très joliment qu’il y avait plusieurs façons de l’aimer. Pour elle, il est au lait, doux et chaleureux comme un matin d’enfance.

Fleur de flocons, qui était à l’origine du choix du thème, nous a entraînés dans un voyage étourdissant à travers différents lieux, différents modes de préparation, et même différentes pratiques artistiques inspirées par notre boisson.

Stéphanie, du blog Elle a 40 ans, nous a détaillé avec brio l’odeur multiple de ses cafés ; une odeur changeante au gré des circonstances.

Marie, du blog L’atmosphérique, nous a emmenés à sa suite dans un texte touchant, riche de senteurs d’antan et de parfums d’ailleurs 😉

[…Et il y a encore un peu de place ici, si, à votre tour, vous avez envie de succomber aux effluves d’un bon arabica ;-)…]

Le café, donc.

La boisson elle-même est omniprésente dans ma vie… depuis toujours ! Elle en a accompagné toutes les étapes, toutes les évolutions. Elle a évolué, elle aussi, en fonction de mes humeurs, de mes envies, de mes grossesses… Tantôt noire, âcre, forte « à réveiller un mort » ; tantôt douce et sucrée, crémeuse à souhait. Elle s’est transformée en fonction des lieux où j’ai vécu. En fonction des différentes méthodes de préparation que j’avais à ma disposition aussi : percolateur électrique, cafetière italienne, porte-filtre et bouilloire, « machine à dosettes »… Et même café soluble parfois, dans les cas (extrêmes) de force majeure.

La boisson elle-même me renvoie à tout un tas de souvenirs, tout un tas d’habitudes des uns et des autres. À des aspects et des goûts variables. Elle peut être brûlante, épaisse et concentrée – presque écœurante – avec la cafetière italienne de ma jeunesse. Elle a du corps et du caractère sous les pins de Provence. Elle est légère, un peu amère, mais toujours généreusement offerte dans les maisons belges de mon enfance, où trône invariablement, quoi qu’il arrive, un thermos à pompe rempli de café chaud à offrir aux visiteurs.

Mais l’odeur dans tout ça ? Comment la décrire ?

Voyons…

Elle est corsée, réconfortante lorsqu’elle se répand dans la cuisine le matin. Elle s’en va titiller quelque chose, du côté du cerveau, qui semble dire : « Courage ! Ça va aller… On va l’affronter, cette journée, tu vas voir… ».

Elle s’insinue en moi et me tient lieu d’armature, de squelette ; elle me maintient debout alors que la position couchée me semble la seule possible à cette heure du jour.

C’est un parfum apaisant qui sert aussi de prétexte pour se recentrer, se poser quelques minutes avant de se lancer dans la bataille. Ou remettre ses idées en place quand on en sort.

C’est parfois une odeur puissante et impérieuse qui s’impose brusquement à mes narines quand je ne m’y attends pas. Qui me prends de court. Que je hume. Profondément. Éperdument. Que je dois immédiatement satisfaire… Il m’en faut une tasse ! Tout de suite !

Ce liquide fait tellement partie de ma vie que je peux difficilement l’isoler dans l’album de ma mémoire. J’ai des souvenirs en pagaille sur tout ce que représente cette boisson pour moi. Mais sur son odeur ?!

Attendez voir… J’ai peut-être bien une idée…

Pour planter le décor, imaginez-vous une forêt de chênes verts et de pins à perte de vue. Imaginez-vous un camping presque sauvage, en pleine colline. Imaginez le plein été, la chaleur mordante du soleil, le chant des cigales. Imaginez une caravane où deux adolescentes ont élu domicile le temps des vacances, à quelques kilomètres de chez elles et de leurs parents.

Ma sœur a alors treize ans. J’en ai quinze. Je suis déjà complètement accro au précieux liquide noir. Impossible de m’en passer, même en l’absence d’appareils ménagers.

Alors chaque matin, c’est le même cérémonial…

D’abord, aller chercher de l’eau à la « fontaine ». Les yeux gonflés de sommeil, les cheveux en bataille, je parcours les quelques mètres qui séparent notre emplacement du robinet en laiton que nous partageons avec nos voisins.

Ma vieille casserole en fer blanc sous le bras, je traîne les pieds dans la poussière rouge. Le soleil est déjà haut dans le ciel limpide. Les cigales s’égosillent depuis plusieurs heures. Je croise d’autres campeurs qui vaquent à leurs occupations matinales, certains en pyjama, d’autres déjà prêts à descendre au lac. Les uns reviennent du bloc sanitaire munis de leur trousse de toilette, ou d’un rouleau de papier qu’ils portent nonchalamment au bout du bras, le dernier feuillet flottant au vent comme un petit drapeau… D’autres arrivent du camion-boulangerie chargés de baguettes farinées ou d’un petit sachet beige duquel dépassent des croissants encore chauds.

Je n’en suis pas encore là. Il me faut d’abord un café.

En attendant que l’eau bouille sur la toute petite gazinière de ma toute petite cuisine, je prépare mes ustensiles sur la table pliante, dehors, sous l’auvent : la carafe esseulée d’une ancienne cafetière électrique désormais hors d’usage, le porte-filtre conique retrouvé par maman au fond d’un vieux carton, le filtre en papier, et le café moulu, bien sûr, dont le parfum est déjà prometteur, à l’ouverture de la boîte. À quinze ans, faire le café soi-même avec les moyens du bord, c’est déjà toute une aventure !

L’eau gargouille et glougloute, proteste furieusement d’être coincée là, dans ce cylindre en métal. C’est le moment.

Avec précaution, je fixe la poignée sur le bord brûlant de la casserole et me prépare à verser. J’inspire profondément avant de le faire. Je prends mon temps. L’heure est grave, il ne faut pas se louper. Toute la magie de cet instant réside dans la première eau, je le sais. Celle qui va révéler de façon aussi puissante que fugace les parfums auxquels j’aspire. À la deuxième eau que je verserai, ce ne sera déjà plus pareil. L’odeur sera plus ténue, plus terne. C’est maintenant que tout se joue.

Lentement, les narines frémissantes, prêtes à recueillir la bouffée tant attendue, à ne rien en perdre, je verse un premier filet d’eau bouillante sur la poudre d’ébène… qui exhale alors, pendant quelques secondes seulement – quelques secondes si rares, si précieuses – son incomparable parfum de noisettes grillées, de grains torréfiés. Un parfum qui aura toujours pour moi des relents d’été et de soleil, de terre brûlée et d’écorce de pins.

(Thème suivant et propositions de thèmes futurs dans un article à venir)

 

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11 réflexions sur “Mon album de senteurs #3 – le café

  1. Je suis accro à cette odeur et ce nectar sans lequel je ne peux débuter ma journée même si au pire c’est du café soluble que j’ai pour seul breuvage .. Je viens de le boire et tiens je vais m’en refaire un petit! Bonne journée Marie bises

    1. Rôôô oui, c’est pareil pour moi : je ne peux pas démarrer ma journée sans ma dose de caféine. C’est obligatoirement deux tasses, et dans le calme, s’il-vous-plait !!! Le café du matin a absolument besoin de silence et de recueillement !!! 😉

      1. Entièrement d’accord avec 100% quand je travaillais et que la maison était pleine avec les enfants j’avais besoin de cet espace temps rien que moi le silence et mon café, désormais la maison est si vide que cela se fait naturellement bisous Marie

  2. Quelle écriture, quel voyage Marie! C’est un délice de parcourir ces instants, souvenirs avec toi. Je sais, depuis le temps que l’on se lit, que le café est ta première boisson de la journée, celle avec laquelle tu entres dans le monde à ton rythme.

    1. C’est bien vu, Marie, « à mon rythme » est le mot qui convient, et en l’occurrence, lentement ! Car le tout premier café de la journée se doit d’être savouré dans le calme, à toutes petites gorgées.
      Belle journée à toi 🙂

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