La dépression, le Ramadan et de nouveaux horizons

La dépression, ce n’est pas forcément voir tout en noir et vouloir mourir. La dépression, ce n’est pas forcément être au fond du gouffre. La mienne est une chape de plomb. Elle s’abat sur moi sans prévenir, m’enveloppe, pèse douloureusement sur mon dos, sur mes bras, sur ma poitrine, dans ma gorge. Elle m’immobilise, me paralyse. Chaque geste est souffrance. Chaque tâche, même la plus simple, est un Everest à gravir.

Alors, on s’isole. On se tapit au fond de sa grotte, à l’abri des regards, là où on peut laisser libre court à cette fatigue sans fin. On évite les mondanités. On annule les rendez-vous à la dernière minute, parce qu’on ne se sent pas la force – ni physique, ni psychique – de les affronter. Parce qu’on ne se sent pas le courage d’afficher un visage radieux alors qu’en dedans, on lutte âprement contre l’obscurité et la tristesse. On fuit le monde, tout en sachant pertinemment qu’en faisant cela, on se prive d’une bonne chance d’aller mieux.

Alors, la honte s’installe. Et la culpabilité nous ronge. Parce qu’on réalise qu’on ne parvient plus à regarder autre chose que notre mal-être tandis que le monde autour de nous affronte des choses autrement plus difficiles. Parce qu’on réalise qu’on ne parvient plus à se réjouir pleinement pour tous ces petits et grands bonheurs qui, « normalement », devraient nous emplir de joie. Parce qu’on est conscient que ce mal-être est complètement incongru et disproportionné au regard de toutes les chances dont nous sommes pourvus. Parce qu’on se rend compte qu’on est en train de s’éloigner de plus en plus de l’image qu’on a de nous-mêmes pour devenir un monstre d’égoïsme et de nervosité, et que cette idée est insupportable.

Ça fait des mois que je me bats contre ça. Que je lutte, jour après jour. Que je cherche un moyen d’en sortir, comme un papillon pris au piège dans un bocal. Que je m’emploie sans relâche à démêler la pelote inextricable de mes pensées, de mes doutes, de mes regrets, de mes colères, de mes peines… Si vous n’êtes jamais passé par là, ne croyez pas que c’est une question de paresse et de volonté. Croyez-moi, c’est un dur combat.

Je n’écris pas ces lignes pour me plaindre. Ni même pour appeler au secours.

J’écris ces lignes pour faire le point avant de me lancer dans une nouvelle bataille.

Parce que je n’ai pas dit mon dernier mot. Je n’ai pas l’intention de la laisser gagner, cette dépression. Je vais plutôt lui déclarer la guerre !

En réalité, j’en suis venue à la conclusion qu’elle avait peut-être quelque chose à me dire. Qu’elle était peut-être un signal d’alarme pour m’inciter à évoluer.

Récemment, en lisant par ci par là, je suis tombée sur des articles qui parlaient de la théorie de la désintégration positive de Dabrowski, et j’ai trouvé cette approche très intéressante. Je ne vais pas vous l’exposer ici (je ne suis pas assez calée sur le sujet pour le faire), mais ce que j’en retiens, c’est que les crises psychologiques que l’on peut connaître dans une vie ne sont pas forcément des incidents de parcours qu’il faudrait absolument éviter, mais font plutôt partie d’un processus d’évolution saine et positive de la personnalité. En gros, la dépression serait un outil qui nous permettrait de progresser vers une meilleure version de nous-mêmes.

Basique, me direz-vous. Nous sommes plusieurs ici à être passées par une crise et à reconnaître que cette crise nous a permis de grandir et de nous rapprocher de nous-mêmes.

La nouveauté avec cette approche-ci, me semble-t-il, c’est la notion d’idéal de la personnalité que l’on veut atteindre. La crise que je traverse ne me rapproche pas seulement de celle que je suis – elle a le potentiel de me rapprocher de celle que je veux être.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, cette idée me fait l’effet d’un majestueux lever de soleil après une nuit très sombre ! Je me vois à l’aube d’une nouvelle journée, d’un nouveau voyage…

Et cela arrive au moment même où je m’apprête à accueillir le mois de Ramadan, dont j’attends énormément cette année.

Le Ramadan est un moment privilégié pour chercher à se rapprocher de Dieu et je sais que c’est en Lui que je trouverai la paix et pas ailleurs.

Je sais que la lecture du Coran que j’ai prévue, à raison de deux à trois « hizb » (parties) par jour, va m’apaiser – si Dieu le permet. Je sais que j’y trouverai le réconfort et des clés pour envisager la vie et le monde plus sereinement.

Je sais que son apprentissage en continu, à raison de plus ou moins cinq versets mémorisés chaque jour à l’aube et révisés tout au long de la journée à l’occasion des différentes prières, me fera l’effet d’un grand nettoyage du cœur et de l’âme, et que ça me fera du bien – si Dieu le permet.

Je sais que le rythme auquel je m’astreins durant cette période de jeûne va m’aider, incha-Allah ; que le fait de structurer mon temps et de planifier les tâches que j’ai parfois tant de mal à accomplir dans la vie de tous les jours sera salutaire.

Je sais que la stratégie de survie que je mets en place ces dernières années pour ne plus être tributaire de mes émotions négatives face à une famille peu aidante va s’inscrire parfaitement dans le grand chantier que j’entreprends vers celle que je veux être.

Ramadan arrive. C’est le moment idéal pour entamer ce long travail sur moi.

La dépression ? Je vais la saisir à pleines mains et la presser comme un citron. Et tout ce que je pourrai en tirer, je le mettrai à profit.

J’irai mieux, incha-Allah.

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11 réflexions sur “La dépression, le Ramadan et de nouveaux horizons

  1. Ramadan Moubarak.Qu’Allah t’accorde un mois de Ramadan radieux éclairé par Sa lumière, qu’il te facilite dans ce que tu veux entreprendre et qu’il éloigné de toi la tristesse et la fatigue.Amin
    Je sais ce que tu traverses…courage et prends soin de toi.

    1. Amîn, Clarisse. Merci pour ton soutien.
      Je te souhaite un très beau ramadan ainsi qu’à ta famille. J’espère que ce ne sera pas trop difficile pour toi, avec le rythme scolaire. Prends soin de toi également.

  2. Salam alaykoum ma soeur. Ramadan Moubarak. Que Dieu t’apporte la sérénité et qu’Il nous permette de nous rapprocher de Lui, de Son Amour et Sa miséricorde. Je souhaite le meilleur pour ta famille et toi en ce mois béni.

  3. Ma chère Marie, je te souhaite un Ramadan plein de Paix et de Lumière, d’apaisement et de sérénité. Je sais combien cette période est importante pour toi et combien ce temps permet aussi de revenir à l’essentiel, à Dieu, le seul capable de nous aider sur le chemin parfois difficile et douloureux de la vie. Je t’embrasse bien fort.

  4. Chère Marie,

    Je te réponds bien tard… J’avais beaucoup de retard dans mes lectures.

    Ton texte m’a profondément touchée. Quelle force ! Je suis certaine que tu la surmonteras (si ce n’est déjà fait), cette dépression. J’ai aussi la certitude que le Ramadan t’auras aidée à ouvrir ce cadeau mal emballé, à y trouver ce qui te propulseras vers la meilleure version de toi-même, que tu es déjà assurément sans le savoir.

    Je profite également de l’occasion pour te redire combien j’aime te lire. J’ai parfois l’impression de te connaître, et je me reconnais souvent dans tes écrits. C’est étrange et beau, cette connexion qui transcende la distance.

    Mes plus belles pensées t’accompagnent.

    1. Merci infiniment, Renée-Lise, pour ce commentaire si réconfortant. C’est le genre de commentaire qui vient me rappeler pourquoi j’écris ici lorsque certains jours je me demande si ne devrais pas arrêter. On fait vraiment de belles rencontres par-ici 🙂

Petits mots et longs discours, c'est par ici...

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