Quelques haïkus d’automne

À découvrir sur Short édition, dans le cadre du prix Haïkus d’automne, sur le thème de la gourmandise…

Effluves café

Doigts noirs pour chair blanche

Explosion rubis

VOS VOTES SONT LES BIENVENUS !!! MERCIII ❤ ❤ ❤

SavedPicture-20161116184214.jpg

Publicités

Au souk

Sous un pin parasol,

Suait la paysanne

Sous son chapeau de paille.

 

Accroupie sur le sol,

Elle écossait, sultane,

Des p’tits pois en pagaille.

 

Les yeux sur ses légumes,

Où traînaient quelques mouches,

Elle ne voyait plus rien :

 

Le p’tit vendeur d’agrumes,

La matrone en babouches,

Les marchands sahariens,

 

La menthe du djebel,

Les bottes de coriandre…

Seul comptait l’appareil !

 

Un tout dernier modèle,

Savamment coincé entre

Le foulard et l’oreille.

 

WP_20160502_040 - Copie

(Fresque murale photographiée à Chefchaouen en mai 2016)

Et si on semait des étoiles…

Un nouveau texte en lice sur Short édition, le site ouvert à tous les amateurs de littérature courte ! Cette fois, il s’agit d’un poème (c’est la première fois que le comité éditorial accepte un de mes textes dans cette catégorie !) :

Des étoiles dans ma nuit

Merci d’avance pour vos votes et vos avis éclairés – ils sont essentiels pour progresser 🙂

SavedPicture-20151225224523.jpg

Une question d’âge et d’alchimie

Et si c’était juste… chimique ?!

Cette « rechute » incompréhensible. Cette tristesse qui m’étreint le cœur au réveil alors même que la vue du ciel à travers la vitre me ravit les yeux. Cette boule dans la gorge alors que je suis toute disposée à être sereine. Cette impression que rien n’a de sens. Ces questionnements sans fin. Ce bouillonnement dans ma tête. Cette lassitude face à un monde que je n’aurai jamais la force de changer, face aux ennuyeuses nécessités du quotidien. Ce sentiment de n’être pas à la hauteur, de n’avoir pas fait tout ce qu’il fallait, d’avoir failli… Alors que toutes ces pensées ne me ressemblent pas du tout !

Et puis cette fatigue… Permanente. Persistante. Je crois bien que tout a commencé par elle. C’est elle qui m’a fait dégringoler. La fatigue qui vous colle à la peau comme un vêtement trop lourd, qui vous entrave et rend le moindre de vos gestes difficile. Je regardais le monde courir autour de moi et je m’en voulais. Pourquoi n’ai-je pas la force de les suivre ? Pourquoi le plus petit dos d’âne sur mon chemin m’apparaît comme une montagne insurmontable ? Qu’est-ce qui cloche chez moi ?

Au lieu de lutter et de me laisser ronger par la culpabilité, j’aurais peut-être dû l’écouter, cette fatigue. J’aurais peut-être dû voir qu’elle n’était qu’un signe parmi une multitude d’autres petits changements sans doute normaux à mon âge…

Nous ne sommes pas des machines. Nous ne pouvons pas être invariablement performant(e)s et d’une humeur toujours égale. Nous avons des hauts et des bas. Nous sommes certes des êtres de raison. Mais nous sommes aussi des êtres de chair et de sang, soumis à des variations hormonales tout ce qu’il y a de plus normales.

Je me rends bien compte que cela n’explique sans doute pas tout. L’être humain est autrement plus compliqué. Mais ça met quand même les choses dans une perspective très apaisante.

Je ne suis pas folle. J’avance juste sur le chemin de la vie…

Phototastic-20_08_2017_e484d1eb-79a1-49ec-916e-175fd9c6c51c

Inextricable

C’est peut-être la fin.

La fin des jolis mots. La fin des haricots.

Peut-être la fin d’un blog qui m’a pourtant apporté tellement. Ou alors ce n’est qu’un passage à vide. Qui sait ? Les mots reviendront peut-être se bousculer sous ma plume…

À vrai dire, c’est ce qu’ils sont déjà en train de faire, dans ma tête. Ils se bousculent et s’entrechoquent, s’emmêlent et s’enchevêtrent. C’est un tel chaos là-dedans que j’ai du mal à m’y retrouver !

Pour le moment, je me débats avec cette pelote inextricable que jamais, au grand jamais, je n’oserais vous montrer avant de l’avoir démêlée…

Mais finalement, j’ai peut-être tort de tout verrouiller comme je le fais en attendant d’y voir plus clair. Une pelote, en principe, ça se défait. Si ça se trouve, il suffit seulement de tirer le fil…

Peut-être que si je reprends le fil de mes mots, cela m’aidera à y remettre de l’ordre ?

Ce qui est drôle, c’est qu’au moment même où j’écris ces lignes, j’en viens à me poser cette question : et s’il s’agissait vraiment d’une pelote de laine dans la vie réelle (ou disons plutôt, du fil de coton – j’ai horreur du contact de la laine !), qu’est-ce que j’en ferais ???

Est-ce que je m’acharnerais, jour après jour, à la démêler absolument ? Est-ce que je me bousillerais les ongles ou pire, les dents, pour essayer d’en défaire tous les nœuds ?

Certainement pas !

Si j’avais dans les mains une boule de fils tout emmêlés dont, malgré tous mes efforts, je ne parvenais pas à venir à bout, je ne tarderais pas à laisser tomber pour l’offrir à mon chat – pour peu que j’aie un chat. Ou bien je la jetterais tout simplement aux rebuts pour recommencer à zéro avec une pelote toute neuve, sans me prendre la tête.

C’est ce que je devrais faire, en fait, avec ma fameuse pelote de mots, de pensées, de doutes, de questions, de regrets, de colère, de peine, de tout et n’importe quoi, de trop plein… La jeter aux rebuts !

Et recommencer à zéro avec de jolies pensées toutes neuves.

WP4Phone_20150727205443_1

Mon été avec Jane

Je ne m’étais jamais intéressée à l’univers de Jane Austen. Malgré mon côté bleu lavande, et mon goût indéniable pour les happy endings, je n’avais même jamais songé à me plonger dans ce genre de littérature que j’aurais qualifiée jusque là de « à l’eau de rose » .

Mais voilà… Quand, pendant plusieurs semaines, on se retrouve seule adulte en charge dans une maison remplie d’ados et d’adulescents passionnés de jeux vidéos et de films de zombies ; des jeunes gens d’aujourd’hui qui trouvent très amusant de s’invectiver à tout bout de champ et de s’envoyer à la figure toutes sortes de noms d’oiseaux en guise de témoignages d’affection, on finit par développer une sérieuse carence en… délicatesse !

Alors un soir, retranchée comme à mon habitude dans mes modestes appartements (soit ma chambre de 9m²), au moment de choisir une énième comédie romantique pour me détendre afin de trouver le sommeil, je me suis souvenue de quelques scènes entrevues par hasard… Je me suis souvenue de messieurs en redingote et de jeunes femmes en robes longues… Je me suis souvenue de révérences polies, de paysages brumeux, d’une déclaration enflammée sous la pluie, mais en toute bienséance…

C’est exactement ce qu’il me faut, me suis-je dit : un univers où la courtoisie est de mise !

Tout a donc commencé avec Orgueil et préjugés, la version de 2005 avec Keira Knightley, dont j’avais vu quelques passages à la télévision. J’ai trouvé ça tellement rafraîchissant, cette façon de s’exprimer, cette retenue, ces bonnes manières…

Orgueil et préjugés_2005

Du coup, je me suis intéressée à Jane Austen, sa vie, son œuvre, les adaptations à l’écran (pour mes soirées futures). J’ai enchaîné sur un film intitulé Jane en français (Becoming Jane), avec Anne Hathaway. Il évoque la jeunesse de la romancière et son amour déçu. Je crois que c’était bien de voir celui-là à ce stade de ma découverte. Je trouve qu’il apporte un éclairage sur l’ensemble de l’œuvre et permet de mieux comprendre la pertinence du thème central du mariage qui est récurrent dans tous ces romans.

Car il ne s’agit pas seulement de romance dans le monde de Jane Austen. Il y est aussi (et surtout) question de la condition de la femme dans ce monde-là, de la nécessité absolue pour elle, et parfois pour sa famille, de conclure un mariage avantageux afin de s’assurer un statut social ; de la difficulté d’outrepasser les barrières sociales en épousant quelqu’un d’une condition « inférieure » et donc de suivre vraiment son cœur… Et que dire de l’auteur qui, elle, contrairement à ses héroïnes, ne s’est jamais mariée ? Aurait-elle eu la liberté d’écrire si elle avait fait un choix de vie moins audacieux pour son époque ?

Becoming Jane

Là-dessus, je me suis plongée avec frénésie dans toutes les adaptations que j’ai pu trouver en streaming (cette meeerveilleuse invention !) :

Raison et sentiments, la version de 1995 avec Emma Thompson et Kate Winslet, assez réussie.

Emma, l’entremetteuse, de 1997 avec Gwyneth Paltrow.

Mansfield park, version de Patricia Rozema, 1999, à mon avis adaptée très librement de l’œuvre d’Austen car elle ne reflète pas du tout le conformisme et la retenue que j’ai pu trouver dans les autres adaptations.

Persuasion, un téléfilm de 2007.

Northanger abbay, autre téléfilm de 2007.

Austenland, pour le fun.

– Une série télévisée parodique intitulée Orgueil et quiproquos (Lost in Austen), qui ne m’a pas franchement convaincue même si j’ai trouvé amusant d’y retrouver les personnages et les intrigues de l’histoire d’origine.

– De nouveau Orgueil et préjugés, la fameuse série de 1995 avec Colin Firth dans le rôle de Darcy.

– Puis à nouveau l’Orgueil et préjugés de 2005, juste pour comparer avec la série… (Non, non, je ne suis pas du tout addict !)

– Et pour finir (pour le moment, du moins) : Le choix de Jane, qui aborde plutôt la fin de la vie de la romancière, et où elle apparaît assez sarcastique et amère. Je préfère nettement le portrait moins sombre qu’en trace le Jane dont je vous parlais plus haut, mais c’est vraiment un parti pris.

Voilà, voilà. Je pourrai dire que l’été 2017 aura été celui où j’ai découvert Jane Austen. Il ne me reste plus qu’à lire les livres, à présent ! Je suis sûre que je ne serai pas déçue.

Et vous, alors ? Êtes-vous une « Janeite » ?!

jane austen

Ramadan : le plaisir de donner

Un petit retour sur ce Ramadan 2017 qui vient de se terminer…

Cette année, contre toute attente, j’ai été une véritable MACHINE À CUISINER ! Une bête des fourneaux ! Une virtuose de la spatule et du fouet !!!

Je n’avais pas vraiment prévu ça comme ça, mais voilà. C’est ce qui s’est passé.

Pendant tout un mois, j’ai épluché, tranché, détaillé, mélangé, fouetté, enfourné sans relâche. J’ai surveillé mes cuissons comme jamais auparavant, j’ai fait dorer à point, j’ai cuit al dente, j’ai gratiné patiemment. J’ai même pétri pour la première fois des pâtes à pizzas et à quiches sans gluten. J’ai fait des glaces. J’ai fait des biscuits. J’ai fariné, beurré, salé, sucré, épicé, assaisonné – le tout sans jamais goûter, bien entendu. Je me suis extasiée en dénoyautant des cerises, en pressant des citrons ; je me suis émerveillée devant la diversité des couleurs, des parfums, des textures. J’ai beaucoup piétiné aussi. J’ai eu très mal aux pieds. Je me suis coupée, je me suis brûlée. J’ai beaucoup lavé, frotté, récuré, essuyé, rangé – évidemment. J’ai aussi râlé, parfois, d’avoir si peu d’aide.

Mais quel plaisir, chaque soir, au moment du coucher du soleil, de nous voir réunis autour d’une table si bien garnie pour partager le « ftor », comme on l’appelle ici, le repas de rupture du jeûne qui sera pour nous le seul de la journée. Quelle satisfaction d’offrir à mes jeûneurs des menus équilibrés et savoureux, des jus fraîchement pressés et mixés, des desserts confectionnés avec des fruits de saison… Quel bonheur aussi de voir mon étudiant de fils (celui des deux qui a pu être là) se réjouir, après toute une année en exil, devant ce qu’il appelle « des repas de matriarche ».

Peut-être que j’avais perdu de vue ce plaisir tout simple : faire plaisir avec des bons petits plats.

Je n’ai jamais été une grande fanatique de la cuisine. D’une façon générale, je vois ça comme une corvée et je m’y colle la mort dans l’âme parce qu’il le faut bien, et aussi – très égoïstement – parce que c’est la seule solution si je veux manger correctement avec des produits frais, et sans gluten qui plus est. Personne ne va le faire à ma place. Personne n’a cette patience-là ! Mais pas question d’y passer la journée ! Les petites bouchées qui demandent des heures de préparation pour être avalées en cinq secondes, ça n’a jamais été mon truc. Moi, j’ai toujours aimé que ça aille vite.

C’est sans doute un tort. Je me rends compte que cuisiner, finalement, c’est donner.

Cuisiner, c’est un acte d’amour. Car il en faut, de l’amour, pour rester debout des heures durant et multiplier les efforts afin que tout soit parfait, que tout aie du goût, que rien ne soit désagréable en bouche…

Je n’avais pas prévu de passer ce mois de jeûne à m’affairer dans la cuisine. Je croyais avoir besoin de spiritualité. De réflexion. De recueillement. Parfois, les choses se font d’elles-mêmes, différemment de ce qu’on avait prévu, et on réalise après coup que c’était exactement ce qu’il nous fallait.

J’avais besoin de me reconnecter à l’instant présent et au monde réel. J’avais besoin de reprendre confiance. J’avais besoin de retrouver le goût des choses simples et le plaisir de donner.

Je ne m’en doutais pas mais toutes ces choses dont j’avais besoin se trouvaient là, entre le four et le congélateur, cachées dans mes petits pots d’épices et les recoins oubliés de ma gourmandise.

Al-hamdoulillah.

Phototastic-23_06_2017_f7ad0e65-5573-4665-8410-dee2af4c36c4(1)

Phototastic-23_06_2017_59155216-7b02-46fc-8d5a-ce29b6698e34