Dans l’ombre

Quand tu dénombres

Les au revoir

Sur les décombres

De ta mémoire

Quand tout est sombre

Quand tout est noir

Sache que dans l’ombre

Mûrit l’espoir

c74e65b9-1f68-4a0a-8d4b-67a7d89c1973_full

Je griffonne parfois des premiers jets sur mon téléphone, que j’oublie là, ensuite.
Ce matin, je suis allée faire un tour dans ces fichiers inachevés…
(La photo date de la semaine dernière, lors d’une visite très sympa au musée de la kasbah, à Tanger)

Mon album de senteurs #3bis – Choix des thèmes suivants

Si vous avez jeté un coup d’œil aux résultats du sondage que je vous avais proposé le mois dernier pour choisir un thème olfactif à traiter dans l’Album de senteurs, vous savez déjà que le choix a été unanime. Malheureusement, je pense que le sondage s’est bloqué après quelques jours de bon fonctionnement.

La dernière fois que j’ai pu accéder aux statistiques, il y avait 5 votes, tous pour le même thème. Et depuis, je n’y ai plus eu accès. La base de données est vide et me prétend que je n’ai jamais créé aucun sondage !

Si vous aviez voté pour un autre thème que celui retenu plus bas, je vous invite donc à me le dire en commentaire pour que je puisse reproposer ce thème-là par la suite.

En attendant, le sujet de notre quatrième Album de senteurs sera :

PLUIE D’ORAGE

Vous l’entendez crépiter à votre fenêtre et tonner dans le lointain ? Vous sentez toutes ces odeurs qu’elle a réveillées ?…

À vos plumes ! J’ai hâte de voyager à travers vos souvenirs olfactifs.

Et pour la suite, à vous de choisir. En espérant que ça fonctionne, cette fois-ci…

Mon album de senteurs #3 – le café

Mon album de senteurs, c’est le rendez-vous mensuel que je vous propose autour des odeurs et des souvenirs. Le thème olfactif de ce mois-ci était le café. Vaste sujet, s’il en est !

Miss P’Elle Mêle nous a rappelé très joliment qu’il y avait plusieurs façons de l’aimer. Pour elle, il est au lait, doux et chaleureux comme un matin d’enfance.

Fleur de flocons, qui était à l’origine du choix du thème, nous a entraînés dans un voyage étourdissant à travers différents lieux, différents modes de préparation, et même différentes pratiques artistiques inspirées par notre boisson.

Stéphanie, du blog Elle a 40 ans, nous a détaillé avec brio l’odeur multiple de ses cafés ; une odeur changeante au gré des circonstances.

Marie, du blog L’atmosphérique, nous a emmenés à sa suite dans un texte touchant, riche de senteurs d’antan et de parfums d’ailleurs 😉

[…Et il y a encore un peu de place ici, si, à votre tour, vous avez envie de succomber aux effluves d’un bon arabica ;-)…]

Le café, donc.

La boisson elle-même est omniprésente dans ma vie… depuis toujours ! Elle en a accompagné toutes les étapes, toutes les évolutions. Elle a évolué, elle aussi, en fonction de mes humeurs, de mes envies, de mes grossesses… Tantôt noire, âcre, forte « à réveiller un mort » ; tantôt douce et sucrée, crémeuse à souhait. Elle s’est transformée en fonction des lieux où j’ai vécu. En fonction des différentes méthodes de préparation que j’avais à ma disposition aussi : percolateur électrique, cafetière italienne, porte-filtre et bouilloire, « machine à dosettes »… Et même café soluble parfois, dans les cas (extrêmes) de force majeure.

La boisson elle-même me renvoie à tout un tas de souvenirs, tout un tas d’habitudes des uns et des autres. À des aspects et des goûts variables. Elle peut être brûlante, épaisse et concentrée – presque écœurante – avec la cafetière italienne de ma jeunesse. Elle a du corps et du caractère sous les pins de Provence. Elle est légère, un peu amère, mais toujours généreusement offerte dans les maisons belges de mon enfance, où trône invariablement, quoi qu’il arrive, un thermos à pompe rempli de café chaud à offrir aux visiteurs.

Mais l’odeur dans tout ça ? Comment la décrire ?

Voyons…

Elle est corsée, réconfortante lorsqu’elle se répand dans la cuisine le matin. Elle s’en va titiller quelque chose, du côté du cerveau, qui semble dire : « Courage ! Ça va aller… On va l’affronter, cette journée, tu vas voir… ».

Elle s’insinue en moi et me tient lieu d’armature, de squelette ; elle me maintient debout alors que la position couchée me semble la seule possible à cette heure du jour.

C’est un parfum apaisant qui sert aussi de prétexte pour se recentrer, se poser quelques minutes avant de se lancer dans la bataille. Ou remettre ses idées en place quand on en sort.

C’est parfois une odeur puissante et impérieuse qui s’impose brusquement à mes narines quand je ne m’y attends pas. Qui me prends de court. Que je hume. Profondément. Éperdument. Que je dois immédiatement satisfaire… Il m’en faut une tasse ! Tout de suite !

Ce liquide fait tellement partie de ma vie que je peux difficilement l’isoler dans l’album de ma mémoire. J’ai des souvenirs en pagaille sur tout ce que représente cette boisson pour moi. Mais sur son odeur ?!

Attendez voir… J’ai peut-être bien une idée…

Pour planter le décor, imaginez-vous une forêt de chênes verts et de pins à perte de vue. Imaginez-vous un camping presque sauvage, en pleine colline. Imaginez le plein été, la chaleur mordante du soleil, le chant des cigales. Imaginez une caravane où deux adolescentes ont élu domicile le temps des vacances, à quelques kilomètres de chez elles et de leurs parents.

Ma sœur a alors treize ans. J’en ai quinze. Je suis déjà complètement accro au précieux liquide noir. Impossible de m’en passer, même en l’absence d’appareils ménagers.

Alors chaque matin, c’est le même cérémonial…

D’abord, aller chercher de l’eau à la « fontaine ». Les yeux gonflés de sommeil, les cheveux en bataille, je parcours les quelques mètres qui séparent notre emplacement du robinet en laiton que nous partageons avec nos voisins.

Ma vieille casserole en fer blanc sous le bras, je traîne les pieds dans la poussière rouge. Le soleil est déjà haut dans le ciel limpide. Les cigales s’égosillent depuis plusieurs heures. Je croise d’autres campeurs qui vaquent à leurs occupations matinales, certains en pyjama, d’autres déjà prêts à descendre au lac. Les uns reviennent du bloc sanitaire munis de leur trousse de toilette, ou d’un rouleau de papier qu’ils portent nonchalamment au bout du bras, le dernier feuillet flottant au vent comme un petit drapeau… D’autres arrivent du camion-boulangerie chargés de baguettes farinées ou d’un petit sachet beige duquel dépassent des croissants encore chauds.

Je n’en suis pas encore là. Il me faut d’abord un café.

En attendant que l’eau bouille sur la toute petite gazinière de ma toute petite cuisine, je prépare mes ustensiles sur la table pliante, dehors, sous l’auvent : la carafe esseulée d’une ancienne cafetière électrique désormais hors d’usage, le porte-filtre conique retrouvé par maman au fond d’un vieux carton, le filtre en papier, et le café moulu, bien sûr, dont le parfum est déjà prometteur, à l’ouverture de la boîte. À quinze ans, faire le café soi-même avec les moyens du bord, c’est déjà toute une aventure !

L’eau gargouille et glougloute, proteste furieusement d’être coincée là, dans ce cylindre en métal. C’est le moment.

Avec précaution, je fixe la poignée sur le bord brûlant de la casserole et me prépare à verser. J’inspire profondément avant de le faire. Je prends mon temps. L’heure est grave, il ne faut pas se louper. Toute la magie de cet instant réside dans la première eau, je le sais. Celle qui va révéler de façon aussi puissante que fugace les parfums auxquels j’aspire. À la deuxième eau que je verserai, ce ne sera déjà plus pareil. L’odeur sera plus ténue, plus terne. C’est maintenant que tout se joue.

Lentement, les narines frémissantes, prêtes à recueillir la bouffée tant attendue, à ne rien en perdre, je verse un premier filet d’eau bouillante sur la poudre d’ébène… qui exhale alors, pendant quelques secondes seulement – quelques secondes si rares, si précieuses – son incomparable parfum de noisettes grillées, de grains torréfiés. Un parfum qui aura toujours pour moi des relents d’été et de soleil, de terre brûlée et d’écorce de pins.

(Thème suivant et propositions de thèmes futurs dans un article à venir)

 

Un peu de silence, là-dedans !

Parfois, je voudrais que les mots se taisent un peu, dans ma tête.

Je voudrais qu’ils arrêtent leur vacarme. Qu’ils me laissent en paix.

Les mots, c’est fatigant.

Ils ne cessent de tourbillonner, de s’agiter. Ils sont turbulents.

Il faut les ordonner, les mettre en rangs. Il faut qu’ils soient justes, qu’ils soient logiques.

Les mots, c’est tout un travail.

Je voudrais qu’ils fassent silence, de temps en temps.

Parfois, j’ai juste envie de me plonger dans la contemplation de ce qui est beau,

De m’y baigner, de m’y oublier,

Sans un mot.

WP_20161119_101 - Copie

Cours-y vite, cours-y vite

Le printemps est dans le pré et ça fait du bien…

Phototastic-21_03_2017_fb6aa8c2-d88e-4049-91b3-19efff99f037

Merci pour tous vos commentaires sur mon dernier article. Votre soutien me fait chaud au cœur.

Je ne sais pas si le bonheur est dans le pré, mais je suis sûre qu’il est sur la blogosphère. Vous êtes formidables, les filles !

J’essaye de trouver la motivation pour travailler, l’une des conditions sine qua non pour reprendre le contrôle et aller vers un mieux, comme je le disais ici, vous vous souvenez ? Je reviens vers vous dès que j’ai le temps de vous répondre comme il se doit.

 

Entre ombre et lumière

Quand le deuil et la dépression se heurtent au diktat du bonheur…

Et la lumière au bout

Prendre soin de soi. S’écouter. S’accorder du temps. S’accorder du répit. Se faire plaisir. Se chouchouter. Se concocter des petits moments à soi, dans sa bulle, à l’écart du monde. Faire le vide. Recharger ses batteries. Se ressourcer…

Essayer de ne pas se laisser abattre. De se motiver. De se reprendre en main. Multiplier les bonnes résolutions, les tentatives. Chercher de nouvelles idées. De nouveaux projets où investir une énergie qu’on peine à trouver, où se jeter à corps perdu pour se retrouver.

Se mentir aussi. Se faire croire à soi-même qu’on va bien. Qu’on assure. Qu’on va y arriver toute seule. Qu’on a déjà remonté cette pente plusieurs fois, alors une fois de plus…

Batailler, lutter, jour après jour, contre cette douleur omniprésente qu’on connaît bien quand on a fait l’expérience de la dépression. Contre cette tristesse immense qui n’a aucun lieu pour se déverser, qu’on muselle à l’intérieur de soi, qu’on verrouille à double tour. Cette tristesse qu’il n’est pas de bon ton de partager.

Non, être triste, ça ne se fait pas. Parler de la mort, ça ne se fait pas. Évoquer le deuil et tout ce que ça réveille de douloureux, tout ce que ça remue au fond de nous qu’on croyait résolu, tout ce que ça bouleverse de notre équilibre déjà fragile, ça ne se fait pas. C’est incongru. On vous regarde de travers. On essaye de vous raisonner…

Pourtant, la peine est bien là. Et je me dis qu’elle n’est pas marginale, cette peine. Nous y sommes tous confrontés à un moment ou à un autre de notre vie. Comment font les autres ? Comment faites-vous ?

De nos jours, il est de bon ton d’être heureux, de rechercher activement son bien-être, de travailler à s’épanouir. Le développement personnel est à la mode. Il faudrait toujours planer sur un petit nuage, comme si la vie était toujours rose. Elle ne l’est pas, bien sûr. Il y a des moments plus sombres où on ne plane pas du tout. Et ces moments-là font partie intégrante de la vie.

Je les accepte. Je ne suis ni révoltée, ni désespérée. Je ne suis pas au fond du gouffre, comme j’ai pu l’être il y a quelques années pour de tout autre raisons. Je ne vois pas tout en noir, loin de là.

Je suis juste infiniment triste.

Et c’est peut-être normal, après tout, quand on a perdu quelqu’un/ « quelques uns » ? Même si c’est la vie et qu’on se préparait depuis toujours à cette éventualité, parce qu’elle était dans la logique des choses… Même s’ils étaient très très vieux…

C’est mon enfance que je pleure. Le temps passé qui ne reviendra jamais plus. Notre condition de pauvres mortels.

Je suis écrasée de tristesse. Même 8 et 10 mois après. C’est comme ça. Je n’ai pas à en avoir honte. Je n’ai pas besoin qu’on me console, ni qu’on m’explique pourquoi il n’y a pas lieu d’être triste.

Je suis triste, point. J’ai le droit de l’être.

8911f27e-d121-45ee-96a7-072352611530_full

Comment faites-vous, vous ? Comment vivez-vous/avez-vous vécu le deuil d’un proche dans cette société qui ne laisse que peu de place à la tristesse ? Comment vivez-vous/avez-vous vécu le deuil d’un proche alors que vous étiez déjà plus ou moins vulnérable ?

Ou bien comment vivez-vous/avez-vous vécu l’expérience de la dépression dans ce monde qui ne veut surtout pas entendre que vous allez mal ?

Il m’a fallu du temps, mais j’ai fini par admettre l’idée de me faire aider. Et vous ?

 

Mon album de senteurs #2 – Viennoiseries

Mon album de senteurs, c’est le rendez-vous mensuel que je vous propose autour des odeurs et des souvenirs (pour les modalités du rendez-vous, c’est ici).

Ce mois-ci, vous avez été trois à vous être laissées tenter par le parfum des viennoiseries.

Merci beaucoup à :

L’atmosphérique Marie

Fleur de flocons

pour leurs participations appétissantes.

Ainsi qu’à Stéphanie, qui a 40 ans, pour sa participation in extremis et fort bienvenue 😉

SavedPicture-201718154749.jpg

Je me rends compte que le thème n’était pas si facile que ça à traiter, finalement.

En ce qui me concerne, le mot « viennoiserie » ne fait pas du tout partie du vocabulaire de mon enfance et ne m’évoque donc rien de bien ancien. À vrai dire, il me fait plutôt penser à des produits industriels informes recouverts d’une espèce de gelée sucrée qui collera forcément aux doigts et dont l’odeur aigrelette ne met pas vraiment en appétit…

C’est malheureux, ce mot ne m’inspire pas du tout ! Il va falloir le dépasser pour aller rechercher celle de ces préparations qui a toujours eu ma préférence…

Son souvenir me renvoie inévitablement à ma vie en France. Aux tous premiers moments que j’y ai passés, enfant, comme aux tous derniers, juste avant de regagner ma Belgique natale pour y faire mes études – et ne plus revenir.

Son souvenir me renvoie à ce camping presque sauvage, perdu dans la colline, où j’ai vécu mes premières aventures provençales « en touriste », sans me douter que cette terre allait bientôt devenir la mienne. C’est certainement là que j’en ai mangé pour la première fois, la peau rougie par le soleil, assise sur une chaise pliante sous un ciel de pin résonnant du chant des cigales ;

Je repense aux petits déjeuners du dimanche auxquels ils ont apporté pendant des années un petit air de fête. Papa allait les chercher au village, avec le pain. On sautait sur place en battant des mains lorsqu’on le voyait descendre de la voiture avec, en plus des baguettes et des « restaurants », un petit sachet en papier marron d’où s’échappait une odeur à tomber par terre ;

Et puis je me souviens de ces matins de juin où je traversais la ville encore endormie, mes livres sous le bras, non pas pour aller à l’école – j’en venais ! – mais pour aller m’installer à l’une des tables de chez Pierrot, notre Laurette à nous, y réviser mon bac.

C’est là que j’allais passer la journée, un œil concentré sur mes cours, l’autre s’attardant sur les passants pressés de la rue piétonne. Au fil des heures, les uns et les autres passeraient, certains en coup de vent, d’autres plus longtemps. Les conversations iraient bon train, les craintes et les conseils seraient partagés, les connaissances seraient récapitulées, les exercices refaits. Les « forts en thème » feraient bosser les cancres, les « sûrs d’eux » rassureraient les « pleins de doutes », tandis que sur un coin de la table, les tasses vides finiraient par s’empiler dangereusement.

Et puis le soir viendrait et je rentrerais sagement, l’air de rien, dans un internat déserté par les autres terminales. J’y retrouverais ma sœur et les internes plus jeunes. Et je serais là à l’heure, ni vu ni connu, pour le quart d’heure de prière avec la sœur Anna-Joseph – « Anna-Jo » pour les intimes…

J’ai gardé de cette période une prédilection pour le matin. Pour ce moment un peu magique où tout semble en suspens, où le monde marche au ralenti, où la journée est encore une page blanche à écrire.

Les rues sont vides. Les devantures fermées, les vitrines grillagées.

Chez pierrot, il y a encore quelques chaises retournées sur les tables. Le serveur est en train d’installer la terrasse. Les commerçants du quartier sirotent silencieusement un « petit noir » ou une « noisette », accoudés au comptoir.

C’est là qu’ils sont. Sur la surface lisse et luisante, entre le sucrier boule et le journal du matin.

Trônant fièrement dans leur panier en osier, ils emplissent l’air ambiant de leur parfum riche et généreux : des croissants au beurre.

De ceux qu’on ne trouve plus aujourd’hui – ou alors dites-moi où ? (…N’en quel pays ?!)

Des croissants dorés à la pâte dense, jaune comme les blés, à peine sucrée – juste ce qu’il faut.

Je commence toujours par les pointes, craquantes. Je détache ensuite les différentes parties que je savoure lentement, très lentement, par toutes petites bouchées, m’efforçant de retarder le plus possible le moment où j’avalerai la dernière.

Ces croissants-là ont le goût d’un début de journée prometteur. Ils annoncent de jolis moments d’amitié, le nez dans nos fiches, la tête pleine de rêves de départ.

Ces croissants-là ont déjà un goût de nostalgie.

Ce sont mes derniers instants de France. Ce sont mes derniers instants de Côte d’Azur. Demain, je passe le bac…

L’adolescence touche à sa fin. Jamais plus mes croissants n’auront le même goût…

petit-dejeuner-tasse-de-cafe-croissant-cafe-en-grains-morceaux-de-sucre-201465

*****

Pour le thème suivant, Fleur de flocons nous propose de parler des boissons chaudes ou froides. J’ai donc choisi de traiter plus précisément (et sans surprise !)

LE CAFÉ

Vaste sujet, n’est-ce pas ? Si vous êtes comme moi, ce délicieux liquide noir vous accompagne peut-être dès les premières lueurs du jour, ponctue vos journées de multiples manières, vous réchauffe quand vous avez froid, vous console quand vous avez le blues, vous aide à remettre vos idées en place quand c’est le brouillard là-haut… Bref, il est omniprésent.

Du coup, je crois qu’il va être difficile d’isoler un souvenir précis, un instant marquant, une scène d’autrefois où nos narines ont frémi comme jamais au-dessus d’un moka ou d’un arabica. Difficile, mais pas impossible !

J’ai hâte de boire vos souvenirs fumants…

*****

Et en attendant, je vous propose, pour les thèmes suivants, de procéder différemment, de manière à ce que tout le monde puisse participer au choix du thème, y compris celles et ceux qui manquent de temps/envie/inspiration pour écrire un billet.

Je vous donne 4 sujets, vous cochez celui qui vous parle le plus (sans obligation de participer ensuite). Le thème qui aura eu le plus de votes sera retenu pour le mois suivant. Les autres thèmes pourront être reproposés s’ils ont eu du succès malgré tout, et vous pouvez toujours en suggérer de nouveaux en commentaire pour la suite.

Alors…

Ma drogue éphémère

Depuis plusieurs jours, je vous vois toutes presser le pas pour arriver à l’heure aux apéros cosmiques d’Aileza, et toute cette agitation m’a donné envie de vous suivre… De pousser doucement cette porte entrouverte pour venir m’attabler avec vous. Je peux ?

Pour moi, ce sera juste un café… Ce n’est peut-être pas très « cosmique » comme boisson, mais que voulez-vous ? Il me faut ma dose !

Ça aurait pu être ça, ma drogue dure : le café. Mon essentiel, ma motivation pour quitter le confort de mon lit chaque matin, mon réconfort après la pluie. À dix-sept ans, je le décrivais déjà comme le « précieux liquide noir dont dépend ma santé mentale ». Je suis bien obligée de le reconnaître, malgré ma réputation de fille sage et clean, j’ai toujours été une accro sévère !

Mais – je peux vous le dire aujourd’hui – il n’y a pas que le café. Ce que je m’apprête à vous révéler ici est un secret honteux, une chose dont il vaut mieux ne pas parler en société, au risque de passer définitivement pour une cinglée.

Il y a une autre addiction qui a bien failli me mener à ma perte. Une drogue dangereuse, qui aurait pu avoir ma peau si je n’étais pas parvenue à me sevrer avant qu’il ne soit trop tard.

Il m’en a fallu de la volonté, si vous saviez ! Maintes fois, j’ai cru replonger.

Pendant des années, j’ai vécu dans la peur de ne pas savoir me maîtriser, de me laisser aller, une fois, rien qu’une fois, à une toute dernière dose.

Mais j’ai tenu bon. Il le fallait. Je ne pouvais pas continuer. Mon corps n’en pouvait plus. Il m’a suppliée d’arrêter. Car ma dépendance, voyez-vous, a de très graves conséquences sur le long terme. À chaque dose, on en prend pour vingt ans.

À chaque dose, c’est toute la vie qui est chamboulée. C’est le corps qui trinque, l’humeur qui change. Sans parler de l’appétit. À chaque dose, on sait qu’on ne dormira plus pendant des années.

Pourtant cette drogue est inoffensive, en apparence. Elle n’est même pas visible. À peine perceptible. Je ne suis même pas sûre que d’autres que moi la remarquent. Si ça se trouve, je suis la seule à la sentir !

Vous l’avez deviné, ma drogue à moi est une odeur…

C’est une odeur rare. Une odeur qu’on ne peut respirer qu’en un nombre restreint d’occasions dans une vie ; profonde, délicate, éphémère, précieuse…

C’est l’odeur des nouveau-nés !

Vous savez, cette odeur à la fois suave et un peu animale qu’ils ont sur eux les tous premiers jours, et qui s’estompe si vite, si vite…

C’est sur la tête qu’elle est la plus marquée. Je frôle les cheveux encore tous doux et tous fins de mes narines avides, la peau duveteuse du front, les toutes petites oreilles. J’inspire profondément. L’odeur s’insinue en moi et va exploser violemment, quelque part du côté du cœur, en millions de petites bulles de douceur.

Elle réveille la louve qui est en moi. Elle réveille mes instincts les plus primitifs. Elle fait naître au creux de mon ventre le désir brûlant de porter la vie à nouveau, de donner le jour encore une fois, de connaître encore ce déferlement d’émotion qui est plus fort que tout…

C’est dangereux. Je vous l’avais dit.

Le jour où j’y ai goûté pour la première fois, j’ai su que j’allais avoir beaucoup de mal à m’en passer à l’avenir. Alors j’ai remis ça, une deuxième fois, puis une troisième, puis une quatrième. À ce stade, on frôlait l’overdose. Il était temps que je me soigne.

Mais si un jour, je viens vous rendre visite à la maternité, il ne faudra pas vous étonner de me voir « sniffer » votre bambin… Je ne suis pas totalement guérie !

(Rassurez-moi : dites-moi que je ne suis pas la seule cinglée qui sniffe les bébés !!!)

visuel-apero