Au fil des pages

Passent les jours longs de l’été trop bref.

Suivent les nuits, belles et chaudes…

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Lire : Le jardin de Badalpour

Une très belle découverte que ce roman autobiographique de Kenizé Mourad, journaliste française au destin hors du commun.

Je ne connaissais pas du tout cet auteur, mais dès les premières pages, j’ai été happée par son écriture riche et intelligente ; par son ton très juste, à la fois lucide et bienveillant.

Zhar/Kenizé est la fille d’un rajah indien musulman et d’une princesse turque, descendante des sultans ottomans. Cependant, c’est à Paris qu’elle voit le jour, et c’est là qu’elle va grandir, après la mort de sa mère, ballottée entre plusieurs familles d’accueil et un institut pour jeunes filles tenu par des religieuses.

Comment se construit-on quand on ne sait rien, ou presque, de ses origines ? Comment déploie-t-on ses branches quand on n’a aucune terre où planter ses racines ? Comment s’aimer soi-même quand on se sent délaissée, rejetée, encore et encore, par les uns et les autres ?

Et puis quelle relation va-t-elle nouer avec ce père si longtemps absent et tant espéré ? Quel regard va-t-elle porter sur son pays qu’elle découvrira tardivement, sur ses coutumes séculaires et ses traditions immuables, à mille lieues de la vie qu’elle a connue dans le quartier latin des années soixante ?

C’est tout cela qu’on explore avec ce livre qui nous parle d’identité et d’appartenance. D’abandon aussi. D’injustice, inévitablement. Et de tolérance, toujours.

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À découvrir sans hésiter !

Quant à moi, j’ai tellement apprécié la lecture de ce roman, que je me suis empressée de commander les autres livres de Kenizé Mourad… Quand on trouve un bon auteur, il ne faut pas le lâcher !

Ramadan : le plaisir de donner

Un petit retour sur ce Ramadan 2017 qui vient de se terminer…

Cette année, contre toute attente, j’ai été une véritable MACHINE À CUISINER ! Une bête des fourneaux ! Une virtuose de la spatule et du fouet !!!

Je n’avais pas vraiment prévu ça comme ça, mais voilà. C’est ce qui s’est passé.

Pendant tout un mois, j’ai épluché, tranché, détaillé, mélangé, fouetté, enfourné sans relâche. J’ai surveillé mes cuissons comme jamais auparavant, j’ai fait dorer à point, j’ai cuit al dente, j’ai gratiné patiemment. J’ai même pétri pour la première fois des pâtes à pizzas et à quiches sans gluten. J’ai fait des glaces. J’ai fait des biscuits. J’ai fariné, beurré, salé, sucré, épicé, assaisonné – le tout sans jamais goûter, bien entendu. Je me suis extasiée en dénoyautant des cerises, en pressant des citrons ; je me suis émerveillée devant la diversité des couleurs, des parfums, des textures. J’ai beaucoup piétiné aussi. J’ai eu très mal aux pieds. Je me suis coupée, je me suis brûlée. J’ai beaucoup lavé, frotté, récuré, essuyé, rangé – évidemment. J’ai aussi râlé, parfois, d’avoir si peu d’aide.

Mais quel plaisir, chaque soir, au moment du coucher du soleil, de nous voir réunis autour d’une table si bien garnie pour partager le « ftor », comme on l’appelle ici, le repas de rupture du jeûne qui sera pour nous le seul de la journée. Quelle satisfaction d’offrir à mes jeûneurs des menus équilibrés et savoureux, des jus fraîchement pressés et mixés, des desserts confectionnés avec des fruits de saison… Quel bonheur aussi de voir mon étudiant de fils (celui des deux qui a pu être là) se réjouir, après toute une année en exil, devant ce qu’il appelle « des repas de matriarche ».

Peut-être que j’avais perdu de vue ce plaisir tout simple : faire plaisir avec des bons petits plats.

Je n’ai jamais été une grande fanatique de la cuisine. D’une façon générale, je vois ça comme une corvée et je m’y colle la mort dans l’âme parce qu’il le faut bien, et aussi – très égoïstement – parce que c’est la seule solution si je veux manger correctement avec des produits frais, et sans gluten qui plus est. Personne ne va le faire à ma place. Personne n’a cette patience-là ! Mais pas question d’y passer la journée ! Les petites bouchées qui demandent des heures de préparation pour être avalées en cinq secondes, ça n’a jamais été mon truc. Moi, j’ai toujours aimé que ça aille vite.

C’est sans doute un tort. Je me rends compte que cuisiner, finalement, c’est donner.

Cuisiner, c’est un acte d’amour. Car il en faut, de l’amour, pour rester debout des heures durant et multiplier les efforts afin que tout soit parfait, que tout aie du goût, que rien ne soit désagréable en bouche…

Je n’avais pas prévu de passer ce mois de jeûne à m’affairer dans la cuisine. Je croyais avoir besoin de spiritualité. De réflexion. De recueillement. Parfois, les choses se font d’elles-mêmes, différemment de ce qu’on avait prévu, et on réalise après coup que c’était exactement ce qu’il nous fallait.

J’avais besoin de me reconnecter à l’instant présent et au monde réel. J’avais besoin de reprendre confiance. J’avais besoin de retrouver le goût des choses simples et le plaisir de donner.

Je ne m’en doutais pas mais toutes ces choses dont j’avais besoin se trouvaient là, entre le four et le congélateur, cachées dans mes petits pots d’épices et les recoins oubliés de ma gourmandise.

Al-hamdoulillah.

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La dépression, le Ramadan et de nouveaux horizons

La dépression, ce n’est pas forcément voir tout en noir et vouloir mourir. La dépression, ce n’est pas forcément être au fond du gouffre. La mienne est une chape de plomb. Elle s’abat sur moi sans prévenir, m’enveloppe, pèse douloureusement sur mon dos, sur mes bras, sur ma poitrine, dans ma gorge. Elle m’immobilise, me paralyse. Chaque geste est souffrance. Chaque tâche, même la plus simple, est un Everest à gravir.

Alors, on s’isole. On se tapit au fond de sa grotte, à l’abri des regards, là où on peut laisser libre court à cette fatigue sans fin. On évite les mondanités. On annule les rendez-vous à la dernière minute, parce qu’on ne se sent pas la force – ni physique, ni psychique – de les affronter. Parce qu’on ne se sent pas le courage d’afficher un visage radieux alors qu’en dedans, on lutte âprement contre l’obscurité et la tristesse. On fuit le monde, tout en sachant pertinemment qu’en faisant cela, on se prive d’une bonne chance d’aller mieux.

Alors, la honte s’installe. Et la culpabilité nous ronge. Parce qu’on réalise qu’on ne parvient plus à regarder autre chose que notre mal-être tandis que le monde autour de nous affronte des choses autrement plus difficiles. Parce qu’on réalise qu’on ne parvient plus à se réjouir pleinement pour tous ces petits et grands bonheurs qui, « normalement », devraient nous emplir de joie. Parce qu’on est conscient que ce mal-être est complètement incongru et disproportionné au regard de toutes les chances dont nous sommes pourvus. Parce qu’on se rend compte qu’on est en train de s’éloigner de plus en plus de l’image qu’on a de nous-mêmes pour devenir un monstre d’égoïsme et de nervosité, et que cette idée est insupportable.

Ça fait des mois que je me bats contre ça. Que je lutte, jour après jour. Que je cherche un moyen d’en sortir, comme un papillon pris au piège dans un bocal. Que je m’emploie sans relâche à démêler la pelote inextricable de mes pensées, de mes doutes, de mes regrets, de mes colères, de mes peines… Si vous n’êtes jamais passé par là, ne croyez pas que c’est une question de paresse et de volonté. Croyez-moi, c’est un dur combat.

Je n’écris pas ces lignes pour me plaindre. Ni même pour appeler au secours.

J’écris ces lignes pour faire le point avant de me lancer dans une nouvelle bataille.

Parce que je n’ai pas dit mon dernier mot. Je n’ai pas l’intention de la laisser gagner, cette dépression. Je vais plutôt lui déclarer la guerre !

En réalité, j’en suis venue à la conclusion qu’elle avait peut-être quelque chose à me dire. Qu’elle était peut-être un signal d’alarme pour m’inciter à évoluer.

Récemment, en lisant par ci par là, je suis tombée sur des articles qui parlaient de la théorie de la désintégration positive de Dabrowski, et j’ai trouvé cette approche très intéressante. Je ne vais pas vous l’exposer ici (je ne suis pas assez calée sur le sujet pour le faire), mais ce que j’en retiens, c’est que les crises psychologiques que l’on peut connaître dans une vie ne sont pas forcément des incidents de parcours qu’il faudrait absolument éviter, mais font plutôt partie d’un processus d’évolution saine et positive de la personnalité. En gros, la dépression serait un outil qui nous permettrait de progresser vers une meilleure version de nous-mêmes.

Basique, me direz-vous. Nous sommes plusieurs ici à être passées par une crise et à reconnaître que cette crise nous a permis de grandir et de nous rapprocher de nous-mêmes.

La nouveauté avec cette approche-ci, me semble-t-il, c’est la notion d’idéal de la personnalité que l’on veut atteindre. La crise que je traverse ne me rapproche pas seulement de celle que je suis – elle a le potentiel de me rapprocher de celle que je veux être.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, cette idée me fait l’effet d’un majestueux lever de soleil après une nuit très sombre ! Je me vois à l’aube d’une nouvelle journée, d’un nouveau voyage…

Et cela arrive au moment même où je m’apprête à accueillir le mois de Ramadan, dont j’attends énormément cette année.

Le Ramadan est un moment privilégié pour chercher à se rapprocher de Dieu et je sais que c’est en Lui que je trouverai la paix et pas ailleurs.

Je sais que la lecture du Coran que j’ai prévue, à raison de deux à trois « hizb » (parties) par jour, va m’apaiser – si Dieu le permet. Je sais que j’y trouverai le réconfort et des clés pour envisager la vie et le monde plus sereinement.

Je sais que son apprentissage en continu, à raison de plus ou moins cinq versets mémorisés chaque jour à l’aube et révisés tout au long de la journée à l’occasion des différentes prières, me fera l’effet d’un grand nettoyage du cœur et de l’âme, et que ça me fera du bien – si Dieu le permet.

Je sais que le rythme auquel je m’astreins durant cette période de jeûne va m’aider, incha-Allah ; que le fait de structurer mon temps et de planifier les tâches que j’ai parfois tant de mal à accomplir dans la vie de tous les jours sera salutaire.

Je sais que la stratégie de survie que je mets en place ces dernières années pour ne plus être tributaire de mes émotions négatives face à une famille peu aidante va s’inscrire parfaitement dans le grand chantier que j’entreprends vers celle que je veux être.

Ramadan arrive. C’est le moment idéal pour entamer ce long travail sur moi.

La dépression ? Je vais la saisir à pleines mains et la presser comme un citron. Et tout ce que je pourrai en tirer, je le mettrai à profit.

J’irai mieux, incha-Allah.

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Une escale dans la lagune

Notre séjour touche à sa fin. Il nous faut ramasser nos affaires et replier nos bagages. Il nous faut reprendre la route en sens inverse pour remonter vers le nord.

Mais ce n’est pas une raison pour ne pas profiter d’une petite escale.

À Oualidia, petite cité balnéaire (et ostréicole) sur l’Atlantique, la lagune se vide et se remplit au rythme des marées. Les lieux donnent une impression étrange, presque dérangeante, à la fois d’abandon et de tourisme de masse. Mais le cadre naturel est somptueux…

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Escapade

Essaouira, c’est sympa, mais on en a vite fait le tour, et les enfants ne tiennent plus en place !

Et si on allait par les routes, à l’aventure ? On pourrait rouler le long de la côte, à travers les forêts d’arganiers, et manger un bon tajine quelque part, face à l’océan…

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On pourrait se promener sur une plage tranquille, ramasser des galets, retomber en enfance à mesure que nos poches se rempliront de trésors et que nos cœurs se feront plus légers …

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Il faut que je vous raconte l’histoire de cette photo ! On roulait sur une petite route de campagne, dans un endroit très reculé, quand on s’est retrouvés nez-à-nez avec ce drôle de convoi. J’ai tout juste eu le temps de sortir mon portable de mon sac et d’appuyer sur le bouton, sans même pouvoir cadrer… Je n’en reviens toujours pas d’avoir obtenu un si beau résultat ! C’est de la chance pure 🙂

Quelques jours d’évasion à Mogador

Ça faisait longtemps qu’on n’était pas allés flâner dans ces rues à l’atmosphère si particulière.

Essaouira, petite ville tranquille exposée aux vents de l’Atlantique, au sud du Maroc.

Essaouira et ses remparts imposants…

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Essaouira, destination privilégiée des surfeurs et glisseurs de tous poils ; des babas cool, des hippies, des rastas en tous genres.

Essaouira et ses alizés, sa médina colorée, ses souks étourdissants, son artisanat foisonnant, l’odeur puissante de ses ateliers où l’on travaille le précieux bois de thuya.

Essaouira où les Phéniciens venaient autrefois de leur lointain Liban recueillir la pourpre ; où arrivaient de Tombouctou les caravanes chargées d’or et d’épices.

Essaouira qui résonne jour et nuit des rythmes gnaouas ou reggae, des standards du blues. Essaouira qui respire l’Afrique, l’océan, les rêves de voyage.

Essaouira, l’ancienne Mogador des Portugais, une ville comme suspendue hors du temps, idéale pour se déconnecter et lâcher prise…

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Sans surprise

Il faut croire qu’on s’habitue.

Il faut croire que ça n’étonne plus personne, ces scores toujours plus alarmants.

Il faut croire qu’on finit par se faire à l’idée…

Un cinquième d’entre nous a envie de croire que tous les problèmes de notre pays n’ont qu’une seule et unique origine : l’autre.

Un cinquième d’entre nous se plaît à croire que tout ce qui vient de l’extérieur est néfaste et dangereux.

Un cinquième d’entre nous adhère à des discours dans lesquels les raccourcis les plus grossiers sont faits sans états d’âme.

Un cinquième, ça fait beaucoup.

Ça ne nous surprend même plus.

Il faut croire qu’on s’habitue à cette odeur nauséabonde qui se répand irrémédiablement.

Il faut croire qu’on ne les entend plus, ces bruits de bottes qui résonnent dans notre histoire.

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(© Philippe Lemé, Consulat de France à Tanger)